Archives de Tag: San Francisco

Blonde Addict!

Il y a deux choses que Kerouac raconte à merveille – les drogues et les villes. Et parfois, il donne un joli coup de plume au troisième de ses amours, les femmes.

 

minitrail
photo©SuperConnasses
Vraie Blonde est une nouvelle très brève qui concentre l’essentiel de son talent à la faveur d’une alchimie quasi-parfaite d’éléments hautement symboliques et diablement efficaces : une blonde en maillot de bain, une Lincoln 1955 conduite pieds nus, de la Benzédrine, une chiée de kilomètres à avaler, des stations essence et des chauffeurs routiers, de la non-baise et finalement San Francisco, la ville-mère, la ville-consolatrice, le nid.
Un petit texte de rien du tout qui, le temps d’un one-shot trip entre le Texas et la Californie, vous embarque en catimini sur la banquette arrière pour un voyage sous substance baigné de désir charnel et d’abandon psychique.
Certes, il fait toujours trop chaud sur les routes de Kerouac. Mais ses récits de voyage se déroulent comme de vieilles pellicules de Super8 : avec un crépitement latent qui rajoute à la saveur.
Vraie Blonde est une nouvelle à lire en vingt minutes : le temps d’un whisky glace, à la tombée du jour. Au moment de se souvenir que la liberté est dans nos talons, sur les routes où l’on s’égare, chez les gens que l’on rencontre et que l’on quitte, dans les plis de ce que l’on croyait vain. Une nouvelle entre chien et loup, qui sublime l’homme sans rien lui voler de sa misère et qui rend à la contemplation ce que le quotidien abîme.
« J’ai incliné la tête en arrière avec mon speed dans la paume de ma main et je l’ai avalé avec mon Coca et je me suis senti bien. Loin devant je me suis soudain rendu compte que toute la ville de San Francisco serait toute éclairée et scintillante et entièrement ouverte pour moi ce soir (…). Elle doublait tranquillement les voitures et continuait. Elle a allumé la radio et commencé à chercher une station de jazz, trouvé du rock’n’roll et l’a laissé, fort. A sa façon de regarder droit devant soi et de conduire sans la moindre expression ( …), on n’aurait jamais cru que c’était cette superbe petite pépée en maillot de bain. J’étais sidéré. Je me demandais sans cesse, (salement) si elle ne m’avait pas ramassé parce qu’elle était au fond d’elle même une obsédée sexuelle et qu’elle attendait que je lui dise : « On gare la voiture quelque part et on baise », mais quelque chose de grave et de persévéré chez elle m’ empêchait de le dire. Ce n’est que de temps en temps que je baissais les yeux vers ce bracelet de cheville et ce petit pied blanc comme lys sur l’accélérateur. Finalement, la Benzédrine s’est mise à faire son effet après Los Alamos et voilà qu’on parlait à toute vitesse, elle surtout. Elle avait été mannequin, voulait devenir actrice, et ainsi de suite, les projets typiques de la beauté blonde californienne, et j’ai fini par dire : «  Moi je ne veux rien… Je pense que la vie est souffrance, tout ce que je veux, c’est me reposer quelque part, de préférence dans les bois, sous un arbre, vivre dans une cabane ». »

Poster un commentaire

Classé dans #4 Jeudi : They Say So ...

William T. Vollmann: Ecrire pour les putes.

Il y a eu le Vietnam. Il y a eu des types qui ont fait le Vietnam et qui en sont revenus mais pas tout à fait. Qui ont cramé au Napalm une part de leur raison dans ces plaines bercées par la mort. Jimmy est l’un d’eux. A San Francisco, il erre à la recherche d’un mirage féminin, Gloria.


Des putes pour Gloria, de William T. Vollmann, ecrivain naturaliste de la misère poisseuse, du sexe sale et de la drogue méchante, peut être considéré comme une expérience de l’extrême, où la littérature attaque de plein fouet les limites du supportable. Ce roman kaléidoscopique, découpé en chapitres montés comme des plans séquences aux noms de femmes, est un véritable hommage à la prostitution. C’est aussi l’occasion pour l’auteur de s’intéresser et aux différentes formes de traumas que cet univers recouvre. Solitude, désespoir, addictions, enfances bancales, schizophrénie, violence : de trottoirs mal famés en bars miteux, Vollmann dévoile sans ménagement les fractures de l’homme en proie aux dérives de la modernité.

Photobucket

 

« – Oui je voudrais faire une réservation pour le vol de ce soir au nom de Gloria Evans (…) – Combien ? Quatre-vingt dix dollars ? Vous vous foutez de moi. – Comment ça, que je surveille mon langage trouvez moins cher c’est tout… Dis donc chérie tu as une très belle voix c’est quoi ton nom tu as quel âge ? – Eh bien ma petite, t’es assez âgée pour être ma mère alors fais comme si c’était le cas ; pense à moi très fort et aide-moi. Tu peux me faire une réduc ; je peux aller me faire foutre ? Très bien.

L’homme éclata de rire. Il raccrocha, adressa un clin d’œil à Laredo et s’éloigna d’un pas sautillant. Mais Laredo n’était pas dupe. Elle savait que le téléphone était hors-service depuis des semaines. Et elle savait que l’homme pleurait toujours. »

« Le plus triste, c’est quand Dinah se fendait d’un grand sourire ou qu’elle éclatait de rire sur le lit les jambes écartées, comme si elle prenait du bon temps dans cette pièce pleine de crasse, de vapeur, avec le radiateur qui sifflait et cliquetait. (…) Jack était assis sur le lit, il s’injectait un mélange de coke et d’héro dans le bras, et Dinah baillait en se grattant sa chatte qui la démangeait.»

« Bon écoute-moi Jimmy dit Candy je voudrais pas te vexer ou quoi mais faut que tu saches ce que je dis à tous les mecs un peu âgés : mon temps est précieux alors si tu peux pas bander je vais pas rester jusqu’au déluge tu vois ce que je veux dire ?
J’en suis plus capable, dit Jimmy. Tout ce que je veux, c’est des histoires tristes. »

William T. Vollmann, Des putes pour Gloria, Ed. Points, 6 euros.

1 commentaire

Classé dans #4 Jeudi : They Say So ...