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Smells like spring spirit

 

 

 

 

 

 

 

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Classé dans #2 Mardi : BeMyPict

Boris Bergmann, Viens là que je te tue ma belle: vers la mort de l’art.

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Lolita Pille avait perdu son mec, qu’elle se rassure. Les éditions Scali viennent de lui pondre un alter-ego fabuleux en la personne de Boris Bergmann, le plus que jeune auteur de Viens là que je te tue ma belle. Le titre du bouquin fait référence à une réplique glissée à l’oreille d’une mannequin sur le dance-floor du Baron ( « Je m’approche. Main dans le cou. Mains sales. Chuchotements. « Viens là que je te tue ma belle… » Elle s’arrête. Me regarde. Sourit. Ma bouche s’approche de la sienne. » ). C’est vrai que ça donne envie de courber les reins…
Et tout le bouquin surfe sur la même vague. Musique. Violence. Sexe. Drogues.
Ce n’est pas comme si ces sujets nous étaient étrangers. Mais il y a manière et manière.
Isidore a treize ans et oui, tenez-vous bien, il sort au Baron, au Tryptique, au Paris-Paris, (et au Gibus, mais ça, c’était au début.) Il vole les verres et les filles des autres, il se bat au couteau, il vomit sur sa mère en rentrant le matin. Voici le journal fantasmé de Boris Bergmann, ce petit bouclé qui faisait, souvenez-vous, la couv’ de Teknikart avec ces mots tapageurs : « Fuck les trentenaires ! » et les assumait : « le mec qui m’a booké, il a dit : « Ouah, c’est un ecrivain de 15 ans ? Mais ils vont nous prendre notre place ! Ben ouais mec, il faut que tu dégages, c’est tout ce que j’ai à lui répondre ! »
Alors moi, qui suis plus proche de mes 30 que de mes 13 ans, je me dis forcément, qu’est-ce qui fait que ces mini slim-men gominés, fumeurs de Davidoff et actionnaires du ShowCase soient une soi-disant menace pour la survie de ma génération ?
Que les frileux se rassurent. Moi aussi, à 14 ans, j’ai fauté dans des chiottes de discothèques. Ce n’était pas le Baron, plutôt la Nitro du coin, mais ça c’est cause de mon enfance 9-5. Le résultat reste le même. Moi aussi, j’ai failli me tuer sur des nationales en R5 avec les cousins des copains des copines, ça n’a jamais été une raison pour publier la lie de mes journaux intimes.
Comme Boris, j’aime la musique. J’aime encore plus le rock. Je fais des kilomètres pour aller voir un concert, parfois je brûle d’émotions dans la fosse comme des suppliciés sur le bûcher. Mais Boris, lui, fait et ressent plus que ça. Boris comprend la musique et ça fait de lui un être supérieur :
« Ils ne se rendent pas compte que je prends de la hauteur. Que je vais bientôt dépasser la lune et les étoiles et être au-dessus de tout, au-dessus d’eux. »
« Je hais la normalité. Je hais les gens lambda. Je vous hais ! Vous vivez dans un manège, toujours la même route, toujours le même chemin. Moi, je casse le manège, je vol la caisse et je me tire. »
« Je me souviens d’une soirée au Gibus où j’avais embrouillé une vingtaine de trentenaires complètement cons. Seul. »
« Je suis invincible au milieu de ma meute. C’est dans ces moments où je suis plus grand que le monde entier. Plus grand que Jupiter. Plus grand que le système solaire. Plus grand que la voie lactée. Plus grand que notre galaxie. Plus grand que l’ univers. Beaucoup plus grand que vous. »

Le tout est grossièrement tramé de fantasmes sanguinolants, parce que c’est tellement plus rock’n’roll d’imaginer qu’on trucide quand on baise. Or, Boris, sache que le Bret Easton Ellis à la sauce Tour Eiffel, c’est artistiquement impossible et marketing-ement parlant c’est très bas. Au même titre que de citer James Joyce et l’Ecclésiaste en vingt pages. C’est, n’ayons plus peur des mots, presque un cliché. Surtout quand les vingt pages en question sont généreusement balayées de délires typographiques immondes qui, en voulant simuler j’imagine une espèce d’ exaltation révèlent surtout les vides à combler. Jésus Marie Scali, pitié pour l’Amazonie.
Boris Bergmann vient de remporter le Prix de Flore des lycéens. Moi, je suis quand même fâchée contre les éditions Scali. Ce n’est pas de la bravoure que de publier les déboires d’un gamin pré-pubère. Ce n’est pas un geste d’art que d’entretenir l’illusion que Beigbeder a des fans qui s’adonnent au plagiat et qu’écrire sous cocaïne, ça marche. Viens là que je te tue ma belle c’est 19 euros, 159 pages d’une logorrhée prétentieuse et bancale et, à la fin, l’envie de se dire qu’en littérature comme ailleurs, on ne bâtit pas d’édifices à coups de phénomènes de mode.

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Classé dans #4 Jeudi : They Say So ...