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VoxPop : Du joli dans nos kiosques.

 Itinéraire d’un enfant gourmand

Jean-Vic Chapus n’a pas froid aux yeux. Alors que tout le monde juge la presse écrite moribonde, ce jeune homme de 30 ans a lancé le 29 octobre dernier le premier numéro de VOXPOP, un bimestriel entièrement dédié à la musique et à tout ce qui s’en approche. Rencontre avec un journaliste féru d’aventures et bourré d’idées.


VOXPOP


Comment est né VoxPop ?

JVC : Tout a commencé en 1998. J’étudiais le journalisme à l’ESJ. Pas celle de Lille mais l’autre, la fausse, à Paris. Avec un ami, Damien Almira, on a réussi à détourner l’argent du bureau des élèves pour faire un petit fanzine, Planète of Sound. Trois ans de tirage mensuel à mille exemplaires, un vrai boulot, et tout était fait maison, de la photo aux sujets en passant par la mise en page. En 2002, j’ai intégré NewComer, un magazine de musique assez pointu et réputé dans son milieu, fondé treize ans plus tôt par Olivier Barbare. Je suis devenu rédac’chef assez vite, et j’ai recruté mes deux copains photographes Samuel Kirzenbaum et Mathieu Zazzo. Mais au moment où il a fallu passer du statut associatif à celui d’une SARL de presse, Olivier n’a pas suivi, et NewComer est mort. Nous on avait un réseau, quelques groupes suivis de près, et l’envie d’un projet plus large qui mûrissait déjà. Caroline Harleaux et Benjamin Durand nous ont rejoints, et on a tous eu envie de sauter le pas.

Dans l’édito de ce premier numéro, vous revendiquez une « exigence de qualité visuelle et graphique mise en accord avec un fond éditorial subjectif ». Vous ne craignez pas de tomber dans l’éceuil du magazine-objet, qui vend de la forme au détriment du fond
?
C’est vrai qu’il y a toujours une bataille amicale entre la photo et le texte… (rires).
Chez nous, les photographes ont le même droit de regard sur les sujets que les journalistes-rédacteurs. C’est vrai qu nous sommes très influencés par les magazines de mode. Les Inrocks dans l’ancienne version mensuelle, le magazine Actuel de Jean-François Bizot dans les années 80’, etc. Mais nous refusons la tyrannie de l’image, et restons attentif à la qualité de l’écriture.

Le style d’écriture est particulier, proche du gonzo-journalisme. Est-ce voulu ?
Oui. Au delà des diverses inspirations qui nous ont portées, j’ai voulu rompre avec l’intellectualisation des grands pontes du journalisme. Parfois, quand je lis les pages culture de Libération, je suis outré, je n’y comprend rien. Nous, on parle de culture, c’est drôle et éphémère. Moi, j’aime ce qui est speed et nerveux, les gens qui réfléchissent, ceux qui détournent les sujets, amènent le lecteur là où on ne s’y attend pas.

Le pendant internet, voxpopmag.com, était-ce une condition sine qua none pour faire vivre un magazine papier ?

Absolument. La version web et la version papier sont indépendantes et complémentaires.
Je voulais préserver le côté esthétique du magazine, et éviter toutes les rubriques critiques, les réactions à chaud sur l’actualité. Le site s’y prête beaucoup mieux, c’est un support plus réactif et plus dynamique. C’est, en quelque sorte, le relais pratique du journal. Il permet d’établir un contact vivant avec le lecteur. Il y a un agenda, des chroniques, des bons plans, des soirées.

Votre ligne éditorial est très éclectique. S’y côtoient indifféremment le chanteur issu de l’émission Nouvelle Star Julien Doré et les petits groupes indépendants de Liverpool. A qui vous adressez-vous ?
On s’adresse à tout le monde et à personne en particulier. Surtout, on refuse le côté sectaire de certains magazines de musique. Pour moi, tout est musique, et même Julien Doré est intéressant. Les photos étaient bonnes, l’interview était bonne, et voilà, c’est parti. Nous ne revendiquons aucune cohérence, seul le résultat compte.

Ce numéro contient un gros dossier sur les années 2000. Pourquoi s’être tourné vers le passé à l’aube d’une nouvelle aventure ?
On se disait que ça faisait assez « branleur » de tirer maintenant les conclusions des années 2000 alors que nous sommes encore en plein dedans. Nous voulions montrer comme les choses ont changé depuis les années 2000, comme tout s’est accéléré. Notre époque se plaît à rejeter aussi vite qu’elle encense. Mais le dossier n’est pas fermé sur lui-même, il ne s’arrête pas en 2007, il voit plus loin, plus large.

Vous parlez longuement de l’effondrement du disque et de la musique numérique. Encore une fois, un choix symbolique ?
Cette crise fait partie des fameux bouleversements des années 2000. Tout le monde en parle, alors que la musique n’a jamais été aussi présente dans nos vies. Il y a moins de disques, c’est vrai, mais il y a toujours plus de culture musicale. Regardez la haute-couture, regardez la littérature : tout le monde puise son inspiration dans la musique. VoxPop s’intéresse à toutes ces digressions. C’est le sens de notre sous-titre : « Tout & Musique », qui joue avec « Tout est musique ». Nous avons fait un article sur la marque de jeans ACNE, qui habille de nombreux groupes de rock. Nous parlons aussi d’un film sur la culture punk, et des livres de l’écrivain américain Bret Easton Ellis, qui sont bourrés de références musicales. Je ne suis pas inquiet, j’aime quand les choses bougent.
La presse écrite est en crise, l’industrie du disque est en crise, mais les crises peuvent faire beaucoup de bien, et il en ressort toujours quelque chose de positif.

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