Archives de Tag: John Fante

Ils nous racontent l’Amerique…

Un ecrivain, un photographe : chaque semaine, une autre Amérique.

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Et me voilà en face du Biltmore Hotel à marcher le long de la file de taxis jaunes ; tous les chauffeurs roupillent au volant sauf celui en tête de file près de l’entrée. De vraies mines de renseignements ces mecs-là, je me souviens de la fois où Ross et moi on s’est fait refiler une adresse par un de ces types-là et de la façon salace qu’il avait de nous regarder tout en conduisant sur Temple Street, justement Temple Street je vous demande un peu, et effectivement qu’est ce qu’on voit arriver là-bas, deux mochetés je ne vous dis que ça. Ross, lui il a été jusqu’au bout. Moi je suis resté dans le salon à jouer des disques sur le phonographe, tout seul avec ma trouille.

 

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Ensuite je reste piqué pas mal de temps devant une boutique d’articles de fumeur à regarder la devanture, et le monde disparaît autour de moi, il n’y a plus que cette vitrine pleine de pipes, et moi à les fumer toutes. Je me vois déjà très grand auteur, très chic avec ma pipe de bruyère importée d’Italie, et ma canne, en train de descendre d’une grosse voiture noire.

 

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Los Angeles, donne-toi un peu à moi ! Los Angeles, viens à moi comme je suis venu à toi, les pieds sur tes rues, ma jolie ville que j’ai tant aimée, triste fleur dans le sable, ma jolie ville…

 

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Texte : John Fante. Demande à la poussière.

Photos : Birney Imes

 

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Classé dans #2 Mardi : BeMyPict, #5 Vendredi : l'Art, c'est l'ART

Papa Fante

 

Force est de reconnaître que l’on doit certains des plus beaux joyaux de la littérature contemporaine à notre amie l’Amérique.
John Fante fait partie des quelques auteurs ultimes que je porte en triomphe et que je peux relire sans fin, de la plage au métro et des chiottes au bureau. C’est aussi le modèle et le père spirituel de Charles Bukowski. On ne se refait pas.

 

John Fante

 

John Fante (1909-1983) est un enfant des rues et de l’immigration. Très tôt, sa passion pour la littérature explose et se fait le miroir de son train de vie débridé. Il commence par écrire des nouvelles et son style unique y transparaît déjà, aiguisé, acide. Tumultueux, à feu et à sang, Fante construira une oeuvre de fiction autobiographique autour du personnage d’Arturo Bandini, son double sublime et terrible d’excès, d’anticonformismes et de fougue.
Un « besoin de goûter la vie ad nauseum », dit Bukowski. Fante, c’est donc la réalité, mais en pire. La beauté, comme le cynisme, y sont poussés à l’extrême.

 

 

 

 

 

 

C’est en tout cas ce qui ressort très nettement de « Mon chien Stupide« .

West Coast.
Henry J. Molise est un écrivain raté reconverti en scénariste pour nourrir ses quatre enfants ingrats et sa brave femme exaltée. C’est le XXème siècle, Rock’n’Roll, l’Amérique s’excite, tous les rêves sont permis, et Henry perd un peu le contrôle de la situation. Ses enfants baisent et fument des joints, sa femme le harcèle, il rêve de fuir à Rome.
En rentrant un soir, il trouve un chien de 70 kg fermement décidé à s’installer chez lui. Tantôt facteur de ralliement, tantôt trouble-fête, l’animal, lui, se contente d’essayer de sodomiser tout mammifère de sexe masculin, du pitbull du voisin au gendre de Henry en uniforme US Navy.
Autour de sa présence vont se cristalliser les petites misères et les grandes déroutes de cette famille en or. Une douce descente aux enfers ponctuée de tendresse et de rires.

 

« De l’aile nord de ma maison en forme de Y arrivait le vacarme de la chaîne stéréo de Dominic, les rythmes décérébrants de Mothers of Invention. J’en étais arrivé à détester l’indicible grossièreté de ce bruit. J’ai levé les yeux vers San Gennaro et lui ai dit : Combien de temps encore, O Gennaro, dois-je souffrir ? D’abord Presley et Fats Domino, ensuite Ike et Tina Turner, puis une éternité de Beatles et de Grateful Dead, les Monkeys, Simon and Garfunkel, les Doors, le Rotary Connection, tous sans exception ont violé l’intimité de ma maison, toute cette putain de barbarie a envahi mon foyer d’année en année ; maintenant, ce fils de pute avait vingt-quatre ans et était encore un foutu emmerdeur (…) et puis ce salopard couche de temps en temps avec des femmes noires, ce qui déchire le coeur de sa mère, et constamment je suis harcelé par le soupçon qu’il est peut-être pédé. Qu’il aille se faire foutre, O saint bien-aimé. »

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Classé dans #4 Jeudi : They Say So ...