Archives de Catégorie: #5 Vendredi : l’Art, c’est l’ART

art contemporain, art moderne, art qui n’existe pas encore :  » money success fame glamour  »

Le théâtre est mort, vive le théâtre.

À la question, que fait-on quand on est en colère contre le monde entier et soi, Vincent Macaigne répondrait qu’on exalte ses angoisses et ses démons dans un jeu de marionnettes humaines à torturer sur scène, à violer, à détruire, à accuser, à starifier, à décharner, à critiquer, à aimer, finalement.

Amour, haine, amour, violence, haine amour fratricide violence haine amour violence haine amour meurtre sang viol violence haine amour haine amour violence viol violence haine amour amour amour violence violence haine haine amertume déception haine amour viol violence douceur, silence, désespoir, abandon haine violence colère amour gloire échec viol violence douceur désespoir .

Claque sur claque pour mieux tendre l’autre joue.

Il n’y a pas de répit en Enfer, mais ce que nous montre REQUIEM III, c’est la Vie dans sa plus grande simplicité et dans sa magnifique horreur. Amour fratricide, viol désespéré, chagrin et déception. Ça pue la terre, ça goûte le sang. Le tout saupoudré de paillettes d’or.

Que la fumée remplisse nos poumons, que les «  j’aurais voulu être… » nous arrachent les tripes et que nos yeux tombent au fond de nos estomacs vides devant l’exécution périlleuse de figures de cirque indomptables.
Les hommes sont des vers peints en rouge qui grouillent dans la poussière de notre misère, et pourtant dans cette tentative de mouvement effrénée, on s’attache à ces représentations d’hommes, guidés par leurs pulsions les plus sauvages, les plus primaires parfois. Jusqu’à nous rendre animaux.

Le théâtre est mort, vive le théâtre.

Chaque action, chaque petit mouvement, chaque distorsion est un tableau, un tableau vivant, mouvant, violent. Évoluant sous nos yeux embués.

Il n’est plus question de textes déclamés, de scènes parquées, de rideaux rouges. Macaigne détruit toutes les codifications du théâtre, enfant turbulent qui pourtant tire les ficelles avec justesse, chorégraphie des bagarres en forme de danses, scénographie la décadence avec goût et joue avec nos émotions, d’effet de surprise en désenchantement.

Ici, on ne se cache pas derrière le filtre d’un écran de cinéma, abstraits à la violence.La scène, la temporalité, l’action sous nos yeux nous forcent à les affronter.
Parce qu’elles sont justement mises en scène, les choses les plus horribles nous semblent belles, esthétisées et pourtant vraies, orchestrées jusqu’au final majestueux, dernière claque avant la fin de l’apnée.

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Ils nous racontent l’Amérique…

Un ecrivain, un photographe : chaque semaine, une autre Amérique.

Quelques minutes plus tard ils démarraient. Bercé moelleusement au fond de la voiture, hors de portée, espérait-il, de la conversation du chauffeur, Jeremy Pordage s’abandonna au plaisir de regarder le paysage sans plus. La Californie méridionale se déroula devant les fenêtres ; il n’avait autre chose à faire qu’à garder les yeux ouverts […]

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Puis soudain la voiture s’engouffra dans un tunnel et émergea dans un autre monde, un vaste monde suburbain et désordonné de pompes à essence et de panneaux-réclames, de maisons basses dans des jardins, de terrains vagues, de papiers sales.

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C’était une journée d’hiver, et était matinale; mais le soleil brillait, éclatant, le ciel était sans nuage.

 

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L’auto filait vers l’ouest, et le soleil, tombant obliquement par-derrière tandis qu’ils avançaient, illuminait chaque bâtiment, chaque enseigne se détachant sur le ciel, chaque panneau-réclame comme l’eût fait un faisceau lumineux, comme à dessein, pour montrer au nouvel arrivant tout ce qui était à voir.

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Texte : Aldous Huxley, Jouvence 

Photos : William Eggleston

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Ils nous racontent l’Amérique…

Un ecrivain, un photographe : chaque semaine, une autre Amérique.

Le jeudi suivant, soit le lendemain de Noël, fut une de ces journées dont rêvent les photographes de cartes postales. Pas la moindre trace de « smog » dans le ciel. Dans les collines, le feu s’était éteint et la fumée avait été depuis longtemps évacuée au loin par le vent du Pacifique. La cuvette de Los Angeles se dorait au soleil sous un ciel Azur parsemé de quelques cumulus duveteux et blancs.

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Bosh décida de prendre le chemin le plus long pour descendre des collines ; il emprunta Woodrow Wilson jusqu’au croisement de Mullholland et s’engagea sur la route en lacet qui traverse Nichols Canyon. Il aimait à contempler les collines couvertes de glycine bleue et de violettes ; à leur sommet se dressaient de vieilles maisons de plusieurs millions de dollars qui conféraient à la ville son aura de gloire passée. En roulant, Bosh repensa aux événements de la nuit précédente et à l’envie qu’il avait eue de réconforter Sylvia Moore. Comme s’il avait pu y changer quoi que ce fût.

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Une fois descendu des collines, il prit Genesee jusqu’à Sunset, puis il coupa vers Wilcox. Il se gara derrière le comissariat, passa devant la fenêtre grillagée de la cellule des poivrots et entra dans le bureau des inspecteurs. La morosité qui régnait dans cette pièce était plus épaisse que la fumée de cigarette dans un cinéma porno.

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Texte : Michael Connelly   

Photos : Christian Patterson

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Ils nous racontent l’Amerique…

Un ecrivain, un photographe : chaque semaine, une autre Amérique.

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Et me voilà en face du Biltmore Hotel à marcher le long de la file de taxis jaunes ; tous les chauffeurs roupillent au volant sauf celui en tête de file près de l’entrée. De vraies mines de renseignements ces mecs-là, je me souviens de la fois où Ross et moi on s’est fait refiler une adresse par un de ces types-là et de la façon salace qu’il avait de nous regarder tout en conduisant sur Temple Street, justement Temple Street je vous demande un peu, et effectivement qu’est ce qu’on voit arriver là-bas, deux mochetés je ne vous dis que ça. Ross, lui il a été jusqu’au bout. Moi je suis resté dans le salon à jouer des disques sur le phonographe, tout seul avec ma trouille.

 

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Ensuite je reste piqué pas mal de temps devant une boutique d’articles de fumeur à regarder la devanture, et le monde disparaît autour de moi, il n’y a plus que cette vitrine pleine de pipes, et moi à les fumer toutes. Je me vois déjà très grand auteur, très chic avec ma pipe de bruyère importée d’Italie, et ma canne, en train de descendre d’une grosse voiture noire.

 

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Los Angeles, donne-toi un peu à moi ! Los Angeles, viens à moi comme je suis venu à toi, les pieds sur tes rues, ma jolie ville que j’ai tant aimée, triste fleur dans le sable, ma jolie ville…

 

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Texte : John Fante. Demande à la poussière.

Photos : Birney Imes

 

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Classé dans #2 Mardi : BeMyPict, #5 Vendredi : l'Art, c'est l'ART

Traces du sacré

Du 7 mai au 11 aout 2008

Centre George Pompidou

 

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Traces du sacré, ou quels liens subsistent-ils entre la spiritualité et l’art en occident ? Tel est le vaste et ambitieux défi que se sont lancé Alfred Pacquement et Jean de Loisy, respectivement directeur du centre Pompidou et commissaire de l’exposition.

 

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Salvador Dali, Le phénomène de l’extase

Trop ambitieux peut-être. Devant la profusion des propositions artistiques abordant le thème du sacré depuis le début du XXème siècle, le véritable miracle aurait été que la scénographie n’en pâtisse pas. Mais point de miracle : Les oeuvres s’accumulent sur les murs comme les visiteur dans les étroites salles d’exposition, et ils sont nombreux à avoir répondu à l’appel du casting de rêve…

Dans le désordre et pour ne citer que les plus célèbres Dali, Rothko, Munch, Dix, Bacon, Pollock, Kandinsky, Mondrian, Leger, Le Corbusier, Picasso, Man Ray et plus récemment, Filliou, Kapoor, Nauman, Hirst et Cattelan.

 

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Man Ray, Le Minotaure

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Man Ray, La prière

Mais, comme pour illustrer par l’exemple le manichéisme religieux, Jean de Loisy a choisi d’exposer le meilleur et le pire. Et même si le Bien triomphe finalement sur le Mal et que la qualité de certaines oeuvres réussit la prouesse de faire oublier la faiblesse de certaines autre, faute de repartir avec la foi, on repart avec l’idée que l’ennemi du bien c’est de toute évidence le trop.

 

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Maurizio Cattelan, Him

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Itinéraire d’un enfant terrible

Lundi 12 mai s’est éteint Robert Rauschenberg, figure majeure de l’expressionisme absrait et précurseur du Pop Art.

Hommage rétrospectif et subjectif à l’enfant terrible de New-York :

 

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1955

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1955-1959

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1964

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1968

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1969

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1981

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1986
 

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Monumenta 2008 : Richard Serra

Richard Serra

Monumenta 2008
07 mai – 15 juin 2008
Grand Palais. Paris

Contempler une oeuvre de Richard Serra c’est un peu comme visiter New York pour la première fois, manger le côté gauche du champignon d’Alice aux pays des merveilles, croire en Dieu… On est plus rien, c’est effrayant et rassurant à la fois.

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Photo @ SuperConnasses

…Enfin c’est ce qu’on ressent d’habitude, parce qu’à l’occasion de la deuxième édition de Monumenta, Richard Serra a choisi la monumentalité du vide : le vertige.

Cinq plaques de dix sept mètres de hauteur sur quatre de largeur, légèrement inclinées, s’érigent sur l’axe transversal de la nef du grand palais, lui restituant ainsi toute sa verticalité et permettant, une fois n’est pas coutume, d’admirer le grand palais sans qu’une scénographie labyrinthique n’en vienne gâcher la splendeur.

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Sur ce point ci le pari de Richard Serra est donc réussi : parvenir à structurer le lieu par la présence d’éléments sculpturaux qui, selon le point de vue du spectateur, se succèdent dans leur alignement ou ne s’y inscrivent que par la tranche. Créer une oeuvre dont les possibilités sont infinies car chaque visiteur selon sa position en a sa propre perception.

Mais pour ce qui est de la monumentalité il faudra revenir l’année prochaine. Car si l’oeuvre est effectivement réussie et finit de conférer à son créateur le titre de génie, sa monumentalité ne tient, à mon sens, qu’à l’exception de son contexte.

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