Archives de Catégorie: #4 Jeudi : They Say So …

Littérature/Écriture/Amour,Gloire et Beauté

Marteaux, les requins !

La meilleur maison d’édition de BD contemporaine à la dérive !

Parce qu’on aime ( et qu’on a encore envie de se palucher discretos’ sur la collec BDCul ),

les superconnasses en appellent à votre générosité

pour sauver LES REQUINS MARTEAUX de la noyade  !

Pour consulter le catalogue c’est ici : PUBLICATIONS

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Classé dans #4 Jeudi : They Say So ..., #6 Samedi/Dimanche : Gossip

Mi-Pute Mi-Soumise

Si vous n’avez pas la chance de connaître personnellement Émilie Brisavoine, vous pouvez tout de même partager quelques pages de son humour féministo-cul-turel.

Auto-édité et numéroté à 100 exemplaires,  c’est un petit bout d’elle que vous empochez pour 10 euros.

Aphorismes cyniques et virulents; dessins chiadés torturant des femmes abimées par le luxe consumériste : toutes ces images familières,  tirées des publicités des magazines, nous font tiquer parce qu’elles apparaissent  ici  dans toute leur vanité, sous le spectre critique de la dessinatrice.  De quoi secouer les bibliothèques figées.

Dans son petit emballage glacé, et soigneusement bombé en rose fluo,

Mi-pute mi-soumise, c’est un peu la pochette suprise des SuperConnasses.

 

Mi-pute mi-soumise est distribué :

à la librairie Yvon Lambert , 108 rue Vieille-du-Temple 75003

chez « Les supers héros » , 175 rue st martin 75003

à la librairie Les Mots à la Bouche , 6 rue Ste Croix de la Bretonnerie 75004

et chez Philippe Le Libraire, 32 rue des vinaigriers 75010

chez Auguste , 10 rue saint Sabin 75011

à la librairie Violette & Co, 102 rue de charonne 75011

à la boutique du palais de Tokyo, 13 av. du président Wilson 75116

à la librairie Le Genre Urbain, 30 rue de belleville 75020

à la librairie le Monte en l’Air, 71 rue de Ménilmontant /
2 rue de la Mare 75020 Paris

 

 

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Le jeu des 7 Familles Psychotiques

Dans la famille Drummond, je demande la mère, à la prise chronométrée de pilules en tout genre; le père, franche terreur, remarié à une bimboblondestéréotypée, Nickie; l’escroc d’ainé, Wade; l’astronaute Sarah, la fille mal formée à qui le destin réussit à force d’estime paternelle; le petit dernier bon à rien : Bryan; et pour compléter cette équipe de bras cassés, les conjoints : Beth la fervente rescapée du Catholicisme, Howie le propre-sur-lui et Shw – sans commentaires.

photo©superconnasses


Toutes les Familles sont psychotiques
, de Douglas Coupland, nous transporte dans cette région improbable de la Floride, où les retraités côtoient DisneyWorld, qui côtoie la NASA, qui côtoie les Bahamas.

Ce livre est le parfait film qui n’aura jamais lieu : une série d’aventures catastrophiques qui s’enchainent merveilleusement bien jusqu’au pire. De bourdes en dérapages, d’allers-retours présent/passé, le récit se construit avec un parfait timing : action, sentiments, action, catastrophes, sentiments.

Le lecteur est balloté sur les routes américaines du souvenir, pris dans l’étau d’un drame familiale commun : comment survivre à sa propre famille ? Surpris par les déconvenues, désespéré devant le nid d’embrouilles qui se tissent, pages après pages, étouffant de l’odeur des pneus qui fondent sur les nationales.

On douterait presque de la fin, on aurait presqu’envie que ce sitcom ne s’arrête jamais et poursuivre les épisodes de la famille Drummond jusqu’à ce que la bande s’use, que les pages se cornent.

Coupland et son écriture acerbe, sa facilité à ériger des personnages en forme de tour de Babel, fragilisé par leur propre être. Coupland et son goût pour l’écriture dynamique, facile parfois, poétique toujours.

Elle regardait passer les hôtels bon marché, avec leurs stucs tristes, couleur mayonnaise, les rivages décapés par les vents perpétuels de l’Atlantique, lesquels n’avaient laissé que des troncs mutilés de palmiers et des souches de raisiniers de mer. Elle avait l’impression de se retrouver dans la troisième plus belle station balnéaire d’un endroit comme la Libye, par exemple, où, des années auparavant, on aurait collectivement abandonné toutes les conceptions collet monté des loisirs destinés aux classes moyennes. Le monde lui semblait vulgaire. A l’intérieure des hôtels miteux, elle imaginait des chambres servant de décor à Putains et crack story ! tourné pour une télé poubelle, elle se figurait des ascenseurs bloqués, rouillant dans les étages. Elle voyait des images de pièces sans porte, où vivaient des prophètes dépouillés de leur vision fondatrice, des adolescents qui baisaient sur des serviettes portant le logo de marques de bières, des parquets au bois pourri dont les lames s’étaient entièrement desséchées – un monde dépourvu de valeurs, d’idéal et de direction.

On se réconcilierait presque avec nos propres démons familiaux.

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Extrait.

« – C’est bon, je le tiens mon super-pouvoir. Alors, on dirait que je serais capable d’envoyer des éclairs du bout des doigts. Tu vois, de grands éclairs comme on en voit dans les documentaires à la télé. Et quand je zapperais quelqu’un avec un de ces éclairs, il se retrouverait sous l’eau, dans un endroit où je suis allé une fois, aux Bahamas, un endroit où un milliard de poissons bleu électrique nageaient autour de moi comme si je faisais partie de leur banc… Ensuite il se retrouverait dans le ciel de Manhattan au-dessus du World Trade Center, avec un vol de pigeons au milieu des gratte-ciel et puis… Et puis, quoi ? Et puis il deviendrait un aveugle et serait emporté au loin… et il aurait le mal du pays, comme jamais ça ne lui serait arrivé de sa vie… Ce serait tellement dur qu’il en vomirait. Et il serait abandonné, je ne sais pas, moi… au milieu d’un champ de maïs du Missouri, après la récolte. Et puis, il serait de nouveau capable de voir, et des gens apparaîtraient de tous les côtés du champ. Tous les gens qu’il connaît. Et ils porteraient des lanternes japonaises allumées et des ghetto blasters qui joueraient tous le même morceau et aussi des gâteaux au chocolat, des forêts-noires et il y aurait un coucher de soleil, comme dans les brochures de Disney World, et la personne que j’aurais zappée ne serait plus jamais seule ou isolée.  »
Cette nuit-là, ils avaient fait l’amour, séparés par des membranes de latex aux endroits adéquats, minimisant les échanges salivaires, mais avec une intimité inédite depuis le début de leur relation. Ensuite, Wade ne parvint pas à trouver le sommeil. Il ne cessait de penser aux gens qui apparaîtraient aux lisières de son propre champ de maïs dans le Missouri, et à sa famille. Ils étaient tous abîmés – mentalement, physiquement et émotionnellement. Mais les autres familles de sa connaissance n’étaient pas mieux loties : autisme, lupus, schizophrénie, arthrite, alcoolisme, trop de secrets, de mots non prononcés, de mauvais choix, de problèmes d’argent… la liste était infinie. Personne n’y échappait. C’est à ce moment qu’il se souvient que son quarantième anniversaire était passé. Il n’était plus un jeune homme et s’en fichait éperdument.

Toutes les familles sont psychotiques, Douglas Coupland

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Closer, au plus près de l’insoutenable.

« Closer : Plus près. Plus près de l’autre, de ce que nous connaissons de l’autre, de son corps, de ce qu’il livre et nous apprend de nous-même.
Closer : 8 mouvements d’approche, désordonnés, violents, sans espoirs.
(…)
Closer : sexe, drogue et rock’n’roll, ou Sade à Disneyland.
Closer : Nowhere, USA. »

La quatrième de couverture de Closer, de Dennis Cooper, vous vend du trash à la sauce cliché. C’est à reculons que j’ouvrais ce bouquin, pleine de doutes quant à la qualité littéraire et innovante, bien trop blanc pour être honnête : encore du sous-Bret Easton Ellis. Encore un putain de beatnik raté. Encore une merde gratuite. Parce que c’est tendance d’être à côté de la plaque et d’être irrévérencieux.

C’est presque en colère que je commençais ma lecture, et petit à petit je me suis laissée emporter dans un coma littéraire, de ceux où les mots glissent sur les images de votre esprit.
On flotte comme un fantôme au milieu de ces personnages perdus, on pénètre leur carapaces vides de tous sentiments, on fait corps avec leur déchéance. On se laisse porter. De portraits en portraits. D’aventures en dérapages incontrôlés, toujours pire. Comme si les accalmies n’existaient pas dans cette ville de banlieue américaine non identifiée.

Nue7chic

photo©SuperConnasses

Huit garçons. Tous homosexuels. Tous beaux. Tous complètement perchés. Qui évoluent dans des microcosmes limités à leur propre personne, qui parfois entrent en collision entre eux, provocant des micro-séismes. Mais rien ne semble les toucher réellement. Les évènements ne les atteignent pas. Il y a un détachement terrifiant dans cette écriture, ces personnes désincarnées. Comme déjà mortes.

C’est le genre d’histoire qui vous donne envie de vomir et de vous masturber en même temps.

Ça pue la chair en décomposition, ce roman est mortifère. Même leur sexe est comme mécanique, vide, absent.

« Sa main était froide. Sinon j’aurais pu croire que je me promenais avec mon ombre. J’ai même eu peur qu’il soit en train de faire une overdose et je me suis tourné pour examiner ses yeux. J’aurais voulu déchiffrer ses pensées, mais je ne vis que des feuilles mortes qui tournoyaient, de plus en plus grandes avant de se disperser à ses pieds comme des étincelles. »

… Et pourtant on se laisse porter, on se demande où tout ça va mener, on satisfait notre perversion de voyeur, mettant à l’épreuve notre compassion.
On interrompt la lecture pour respirer, prendre une bouffée d’air avant de repartir en apnée dans l’insupportable.
Et pourtant… ça fait du bien par où ça passe. Au-delà des limites du correcte. Du tolérable. On ne se savait pas capable d’aller aussi loin. De finalement se détacher autant de la violence. De devenir comme eux ?

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Danser dans les cendres

Né en 1899, mort en 1961, Ernest Hemingway fit corps avec son temps comme peu d’écrivains surent le faire. Combattant des deux guerres, il fut aussi reporter, résistant, photographe, voyageur intrépide, et acteur remarqué des années folles, de Key West (où le dandy se fait construire la première piscine du genre) à Paris, où il s’adonne à une généreuse débauche avec son grand copain Francis Scott Fitzgerald.

Prix Nobel en 1954, ses romans d’amour et de guerre font partie du must-have littéraire de toute jeune fille un peu sensible. Mais aux delà des mastodontes, il y a aussi deux trois morceaux méconnus, et L’étrange contrée est de ceux –là.

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photo©Superconnasses

Digne fruit de son créateur, le contexte est assez ramassé.

Une route, une Buick, du whisky, des oiseaux et un couple. Helena a 22 ans, Roger pourrait être son père. Désabusé, cet écrivain en panne d’inspiration se laisse bercer par l’odeur du bitume, la beauté de cette fille, le petit goût amer du White Horse. De motel en diner, de Miami à la Nouvelle-Orléans, leur périple épouse celui du désamour, de l’angoisse, du réel qui vient mordre la magie, et qui l’étouffe.

Ennemi du style ampoulé et de la sophistication littéraire, Hemingway nous offre à lire un texte brut, au plus près des cinq sens, comme un rodéo cinématographique qui ne ment pas.

La désillusion des phrases assassines, les ravages de la mélancolie, le spectre de l’inceste y sont représentés tels quels, sans fard ni drama. Il y a toute la beauté de la fin, intense et terrible à la fois. C’est comme de danser dans les cendres. Avec cette clarté mal dégrossie propre à la (bonne) littérature américaine, qui fait mal mais qui sonne juste.

« En regardant devant la route sur laquelle il avait roulé tant de fois dans sa vie, en la voyant s’étendre devant lui, sachant que c’était la même route avec ses fossés de chaque côté et sa forêt et ses marais, sachant que seule la voiture était différente, que seule la personne qui était avec lui était différente, Roger ressentit cette vieille sensation de vide monter en lui et sut qu’il devait l’arrêter.
« Je t’aime, ma fille », dit-il. Il ne croyait pas que ce fût vrai. Mais cela sonna juste au moment où il le dit. »

« – Peut-être que nous ne devrions même pas rester pour dîner », dit-il. Il était encore très inquiet et la chaleur de l’absinthe s’était déplacée vers la tête à présent et ça ne lui inspirait pas confiance. Il se dit à lui-même : que penses-tu qu’il puisse se passer qui soit sans conséquence ? Quelle femme au monde, pensais-tu, serait en aussi bon état qu’une Buick d’occasion ? Tu n’as connu que deux femmes en bon état dans ta vie et tu les as perdues toutes les deux. Qu’est ce qu’elle voudra ensuite ? Et l’autre partie de son cerveau dit : salut salaud. L’absinthe t’a fait sortir de bonne heure ce soir. »

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Toi homme, moi King Kong !

Lire du Virginie Despentes, c’est un peu comme se raser les jambes à sec alors que nos poils sont encore inexistants.

Autant dire que la sensation est loin d’être agréable et le résultat peu probant. On referme ses livres avec le goût du bitume sale et du sang dans la bouche. Son écriture est âcre, bien que digeste.
Incursion dans le monde où les loosers sont rois et la malchance une marque de fabrique : il y a chez Virginie Despentes une tendresse pour les abîmés de la vie.
On croyait à de la provoc’ gratuite, un crachat dans la littérature, un glaviot sur le cinéma français. Des titres bien sentis, comme des poings serrés contre la norme, et beaucoup trop de bruit autour pour qu’on juge ça sérieux.
Plusieurs adaptations à l’écran, une écriture dont la fureur se ramollissait au fur et à mesure du succès, comme des Chocapics baignant dans le lait ; Virginie Despentes, après avoir baisé la France rentrait finalement au panthéon des grandes gueules, récupérée par l’Industrie.

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C’était sans compter sur son dernier opus KING KONG THEORIE. A première vue, même odeur, même couleur : du sale, du craché à la gueule, de la virulence, justifiant à coup de pieds la légitimité non seulement de son écriture mais de son existence.

Comment Virginie Despentes est devenue Virginie Despentes.

« En 93, je publie Baise-moi. Premier papier, dans Polar. Un papier de mec. Trois pages. De réassignation. (…) Du livre en fait, il ne parle pas. C’est que je sois une fille qui mette en scène des filles comme ça. Et, sans se poser de questions – puisqu’il est un homme il a selon lui évidemment le droit de me signaler ce qui m’est permis selon la bienséance telle qu’il la définit – il vient me dire, cet inconnu, et le dire publiquement : je n’ai pas à faire ça. On s’en fout du livre, c’est mon sexe qui compte. On s’en fout de qui je suis, d’où je sors, de ce qui me convient, de qui va me lire, de la culture punk-rock. ( …) Et de citer Renoir : « les films devraient être faits par de jolies femmes montrant de jolies choses. » . ça me fera au moins une idée de titre. »

Sans apitoiement, sans pudeur, Despentes nous offre un brûlot féministe version 2000 . Un regard aiguisé appuyé d’une expérience personnelle, KING KONG THEORIE ne ressemble à rien de ce dont elle nous avait habitué.
Anecdotes, force, générosité, sincérité touchante. Virginie Despentes assume. Et elle le crie, l’écrit.
Parfois la subtilité est écrasée à coups de rangers, mais c’est aussi ça, le « style Despentes ».

« Heureusement, il y a Courtney Love. (…) Sans trop savoir au juste si je souhaite encore une preuve à brandir au monde, que je suis une femme comme une autre. (…) Quelle drôle d’idée. Tâcher de prouver que je suis une femme aimable. Qui fait même des enfants. (…) Mais on a la vie qu’on doit avoir, car tout ça ne marche pas très fort pour moi. Je ne suis pas douce je ne suis pas aimable je ne suis pas une bourge. J’ai des montées d’hormones qui me font comme des fulgurances d’agressivité. Si je ne venais pas du punk-rock, j’aurais honte de ce que je suis. Pas foutue de convenir à ce point-là. Mais je viens du punk-rock et je suis fière de ne pas très bien y arriver. »

La réflexion à posteriori, l’analyse de sa personnalité, de son vécu rendent le personnage plus attachant, plus vrai. Le grabuge autours de ses œuvres justifié, parce que Despentes n’a pas sa langue dans sa poche. Et ça nous fait bien sourire, ce courage et cette insolence.

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