Nos films sont meilleurs que les vôtres

Nous avons toutes, un jour ou l’autre, descendu un demi-litre d’Häagen Dazs Macadamia Nut Brittle en enchaînant comme une forcenée dix épisodes de Sex and The City.
Nous avons toutes pensé, un jour ou l’autre, que pour optimiser notre potentiel girlpower il fallait lâcher nos converses pourries et nos châles pelucheux pour une paire de Manolo Blahnik, et que se balader dans une robe bustier en soie le 31 décembre, c’était possible, même sous des climats continentaux.

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photo©Superconnasses

Carrie, Charlotte, Samantha et Miranda furent à la fois nos moèles, nos complices, nos mères et nos amies. Elles nous donnèrent de grandes leçons de confiance, d’humour, de séduction, de vie, et de connerie. Elles inspirèrent nos tenues, notre vie sexuelle, notre répartie, et nos soirées pyjamas.
En 6 saisons et tout autant d’années, elles s’imposèrent comme la révolution made in pink du petit écran, la personnification de la libération de la femme, le MLF version début XXIème.
On chercha à les copier : Desperate Housewife, The L Word, Cashemire Mafia. De bonnes séries certes, mais pas l’engouement, pas l’attachement coriace pour ces quatre new-yorkaises fortes en gueule et brutes de pomme.

Aussi, nous trépignions d’impatience à l’approche du 28 mai et de la sortie au cinéma de Sex and the City, The Movie. Nous ne voulions rien entendre, rien savoir, nous voulions seulement caresser du velours rouge au moment même où la petite musique du générique nous replongerai en enfance.
Seulement, ils ont changé le générique. Plus de clochettes, plus d’autobus, rien qu’un mauvais hit de r’n’b.
Tout le film enchaîne sur cette déception en filigrane. Samantha est monogame, Charlotte mère de famille, Miranda cyclothymique et Carrie… presque mariée. Fini les plans foireux, les nuits de débauche et le comique de situation. Passé la quarantaine, on se range, on investit dans l’immobilier, on théorise le passé et on redoute l’avenir.
Comme un signe avant-coureur, Samantha a déménagé à Hollywood, Smith oblige. A défaut de débriefings sur le pouce, le quatuor doit filer au Mexique pour se retrouver. Et c’est justement par ce défaut de spontanéité que le film pêche. A la fin, on a plus l’impression de sortir de 2h25 de représentations de marques à l’écran et de bons sentiments que d’une grosse cure de vitamine E.

Ont-elles vieilli ? Avons-nous grandi ?

Toujours est-il que le 28 mai, nous n’étions pas au cinéma. Lassées de devoir faire 1h30 de queue devant le Ciné Cité des Halles, nous sommes allées boire des coups. Entre filles, bras dessus-bras dessous, nous avons arpenté la rue Montmartre, la Place de la Bourse et l’avenue de l’Opéra. Nous avons rencontré des gens, en avons évité d’autres, nous étions saoules et heureuses, nous finîmes en beauté.

Sex and the City, nous l’avons vu deux jours plus tard : en retard comme nous avions coutume de l’être au lycée, un peu honteuses et un peu rebelles. Nous y avons quand même beaucoup ri, commenté les tenues, envié le dressing, aimé Big et maudit la petite Lily.

Mais en sortant, ce sont nos propres histoires que nous avons commentées autour d’une bière.

L’éducation sentimentale passe décidément mieux par la télévision, et 25 minutes explosives et débridées sont plus à même de laisser place au fantasme que 2h25 de méga prod marketée.

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Classé dans #3 Mercredi : cinéconnasses

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