Closer, au plus près de l’insoutenable.

« Closer : Plus près. Plus près de l’autre, de ce que nous connaissons de l’autre, de son corps, de ce qu’il livre et nous apprend de nous-même.
Closer : 8 mouvements d’approche, désordonnés, violents, sans espoirs.
(…)
Closer : sexe, drogue et rock’n’roll, ou Sade à Disneyland.
Closer : Nowhere, USA. »

La quatrième de couverture de Closer, de Dennis Cooper, vous vend du trash à la sauce cliché. C’est à reculons que j’ouvrais ce bouquin, pleine de doutes quant à la qualité littéraire et innovante, bien trop blanc pour être honnête : encore du sous-Bret Easton Ellis. Encore un putain de beatnik raté. Encore une merde gratuite. Parce que c’est tendance d’être à côté de la plaque et d’être irrévérencieux.

C’est presque en colère que je commençais ma lecture, et petit à petit je me suis laissée emporter dans un coma littéraire, de ceux où les mots glissent sur les images de votre esprit.
On flotte comme un fantôme au milieu de ces personnages perdus, on pénètre leur carapaces vides de tous sentiments, on fait corps avec leur déchéance. On se laisse porter. De portraits en portraits. D’aventures en dérapages incontrôlés, toujours pire. Comme si les accalmies n’existaient pas dans cette ville de banlieue américaine non identifiée.

Nue7chic

photo©SuperConnasses

Huit garçons. Tous homosexuels. Tous beaux. Tous complètement perchés. Qui évoluent dans des microcosmes limités à leur propre personne, qui parfois entrent en collision entre eux, provocant des micro-séismes. Mais rien ne semble les toucher réellement. Les évènements ne les atteignent pas. Il y a un détachement terrifiant dans cette écriture, ces personnes désincarnées. Comme déjà mortes.

C’est le genre d’histoire qui vous donne envie de vomir et de vous masturber en même temps.

Ça pue la chair en décomposition, ce roman est mortifère. Même leur sexe est comme mécanique, vide, absent.

« Sa main était froide. Sinon j’aurais pu croire que je me promenais avec mon ombre. J’ai même eu peur qu’il soit en train de faire une overdose et je me suis tourné pour examiner ses yeux. J’aurais voulu déchiffrer ses pensées, mais je ne vis que des feuilles mortes qui tournoyaient, de plus en plus grandes avant de se disperser à ses pieds comme des étincelles. »

… Et pourtant on se laisse porter, on se demande où tout ça va mener, on satisfait notre perversion de voyeur, mettant à l’épreuve notre compassion.
On interrompt la lecture pour respirer, prendre une bouffée d’air avant de repartir en apnée dans l’insupportable.
Et pourtant… ça fait du bien par où ça passe. Au-delà des limites du correcte. Du tolérable. On ne se savait pas capable d’aller aussi loin. De finalement se détacher autant de la violence. De devenir comme eux ?

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3 Commentaires

Classé dans #4 Jeudi : They Say So ...

3 réponses à “Closer, au plus près de l’insoutenable.

  1. Ad

    zetes allées voir kindertotenlieder?

  2. Bin non, sinon je t’aurai appelé ! Mais j’irai, peutêtre

  3. Ad

    moi j’y ai été. et comme c’est fini, et bin vous pourrrez puuuu.

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