Toi homme, moi King Kong !

Lire du Virginie Despentes, c’est un peu comme se raser les jambes à sec alors que nos poils sont encore inexistants.

Autant dire que la sensation est loin d’être agréable et le résultat peu probant. On referme ses livres avec le goût du bitume sale et du sang dans la bouche. Son écriture est âcre, bien que digeste.
Incursion dans le monde où les loosers sont rois et la malchance une marque de fabrique : il y a chez Virginie Despentes une tendresse pour les abîmés de la vie.
On croyait à de la provoc’ gratuite, un crachat dans la littérature, un glaviot sur le cinéma français. Des titres bien sentis, comme des poings serrés contre la norme, et beaucoup trop de bruit autour pour qu’on juge ça sérieux.
Plusieurs adaptations à l’écran, une écriture dont la fureur se ramollissait au fur et à mesure du succès, comme des Chocapics baignant dans le lait ; Virginie Despentes, après avoir baisé la France rentrait finalement au panthéon des grandes gueules, récupérée par l’Industrie.

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C’était sans compter sur son dernier opus KING KONG THEORIE. A première vue, même odeur, même couleur : du sale, du craché à la gueule, de la virulence, justifiant à coup de pieds la légitimité non seulement de son écriture mais de son existence.

Comment Virginie Despentes est devenue Virginie Despentes.

« En 93, je publie Baise-moi. Premier papier, dans Polar. Un papier de mec. Trois pages. De réassignation. (…) Du livre en fait, il ne parle pas. C’est que je sois une fille qui mette en scène des filles comme ça. Et, sans se poser de questions – puisqu’il est un homme il a selon lui évidemment le droit de me signaler ce qui m’est permis selon la bienséance telle qu’il la définit – il vient me dire, cet inconnu, et le dire publiquement : je n’ai pas à faire ça. On s’en fout du livre, c’est mon sexe qui compte. On s’en fout de qui je suis, d’où je sors, de ce qui me convient, de qui va me lire, de la culture punk-rock. ( …) Et de citer Renoir : « les films devraient être faits par de jolies femmes montrant de jolies choses. » . ça me fera au moins une idée de titre. »

Sans apitoiement, sans pudeur, Despentes nous offre un brûlot féministe version 2000 . Un regard aiguisé appuyé d’une expérience personnelle, KING KONG THEORIE ne ressemble à rien de ce dont elle nous avait habitué.
Anecdotes, force, générosité, sincérité touchante. Virginie Despentes assume. Et elle le crie, l’écrit.
Parfois la subtilité est écrasée à coups de rangers, mais c’est aussi ça, le « style Despentes ».

« Heureusement, il y a Courtney Love. (…) Sans trop savoir au juste si je souhaite encore une preuve à brandir au monde, que je suis une femme comme une autre. (…) Quelle drôle d’idée. Tâcher de prouver que je suis une femme aimable. Qui fait même des enfants. (…) Mais on a la vie qu’on doit avoir, car tout ça ne marche pas très fort pour moi. Je ne suis pas douce je ne suis pas aimable je ne suis pas une bourge. J’ai des montées d’hormones qui me font comme des fulgurances d’agressivité. Si je ne venais pas du punk-rock, j’aurais honte de ce que je suis. Pas foutue de convenir à ce point-là. Mais je viens du punk-rock et je suis fière de ne pas très bien y arriver. »

La réflexion à posteriori, l’analyse de sa personnalité, de son vécu rendent le personnage plus attachant, plus vrai. Le grabuge autours de ses œuvres justifié, parce que Despentes n’a pas sa langue dans sa poche. Et ça nous fait bien sourire, ce courage et cette insolence.

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