Sous les clichés, la plage

En refermant le premier opus de la nouvelle série de Philippe Djian, j’ai dû aller vérifier s’il n’était pas aussi le scénariste de Sous le Soleil.
L’hypothèse tenait la route : Doggy Bag regorge de secrétaires affriolantes, de business foireux, de types un peu lâches et de belle-mères alcooliques.

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photo@superconnasses

Au commencement, il y a un projet intéressant, et une 4ème plutôt alléchante : « Le plus américain des romanciers français nous offre avec Doggy Bag une série romanesque mixée sur les platines des séries télé auxquelles il a eu la bonne idée d’emprunter les codes, la vitesse, et la structure en 24 images secondes ».
Lectrice de mon temps et surtout victime de ma génération, j’ai évidemment mordu à l’hameçon et acheté les trois premières saisons, d’un coup d’un seul.

Hélas, depuis l’époque où Jean-Jacques Beineix adaptait avec succès à l’écran 37,2 le matin, confirmant ainsi notre Renaud de la littérature française dans son genre –l’émo-trash- , Philippe Djian ne s’est jamais résolu à baisser le thermostat de ses histoires. Quitte à devoir s’y brûler les ailes.

Le noyau, c’est la famille Sollens, les parents et les deux fils. Ces deux derniers tiennent ensemble un garage de voitures de luxe et profitent pleinement de leur célibat de quadra dynamique. Vingt ans plus tôt, ils faillirent s’entre-tuer pour une femme. Et la voilà qui revient, avec sur les bras une fille de… vingt ans. Inutile de vous faire un dessin.

Malgré un pitch plutôt bien pensé, Doggy Bag traîne cette moiteur désagréable qui fait que les pages vous collent aux doigts, que les mots vous étouffent. En entretenant ce qu’il voudrait comme une plume légère, cynique, épicée, Philippe Djian développe surtout une facilité à tomber dans le cliché XXL. Doggy Bag pullule de corsages mal boutonnés, de vermouth
généreusement servis, de fausses garces et de mauvais baiseurs, de sentiments surexposés et de psychologies recyclées :

« Bien qu’il n’éprouvât plus d’extrême aigreur à l’égard du passé – son ulcère n’était plus qu’un vague souvenir, et il fréquentait désormais des femmes de son âge, d’un caractère réaliste -, l’inspecteur Blotte se mettait toujours à a place du mari. Il imaginait très bien ce qu’une créature telle que Josianne, flanquée d’une paire de seins pareille, pouvait déclencher dans le cœur d’un homme. Il savait très bien qu’un mari abandonné pouvait trouver la force de se hisser au sommet d’une tour pour parvenir jusqu’à la chambre de celle qui le torturait en baisant avec un autre. Ça ne faisait pas un pli. »


« Rien ne valait une de ces tigresses de dix-huit ans, Paul en avait la conviction. A vingt ans, c’était déjà trop tard, elles commençaient déjà à baiser avec leur tête elles n’écoutaient plus simplement leur corps.
Sylvie avait une grande chatte et un clitoris d’environ deux centimètres, de la taille d’un macaroni. « Et pour finir, vous vous rendez compte que vous avez cherché ça toute votre vie », confiait-il à ses proches connaissances, à des quadragénaires préoccupés par la question ».

J’avais bon espoir de sortir de la pédanterie ambiante, des deblatérages abscons. Je me suis vautré dans le vaudeville ambiance Juan-les-Pins.
Délicat de jeter la pierre à celui qui cite Twin Peaks, les Soprano et Six Feet Under. Difficile de dénoncer celui qui innove, qui essaie, qui secoue les tentatives littéraires. Mais douloureux de le lire.

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Classé dans #4 Jeudi : They Say So ...

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