Des filles sur terre

Ma voisine avait passé 45 minutes à me détailler les traces de merde que ma fuite d’eau avait déposé sur ses murs, avant de finir en me m’implorant de lui donner le mot de passe de ma connexion wifi.
C. rentrait d’un cours de raggaetown, elle disait J’ai chaud en picorant un rosbeef froid. Il était minuit, on mangeait des danettes extra-noires à l’effigie de Patrick Vieira, on avait peine pour Riberi.
Nous hésitions entre une comédie sentimentale franco-américaine et un thriller plein de sang. Nous avons choisi Man on the Moon, de Milos Forman. Nous ne sommes pas du genre à plaisanter.

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Andy Kaufman est né le 17 janvier 1949 à New-York. De 7 à 35 ans, il hantera les clubs privés et le plateaux télés de ses canulars borderlines et de son attrait complètement obsessionnel pour la provocation et le retournement de cerveau.

L’occasion pour Jim Carrey de prouver une fois de plus, après ses frasques de détective animalier et avant sa rédemption gondrienne, ses talents de transformiste.

« Je ne suis pas un comique, je ne raconte jamais de blagues… La promesse du comédien, c’est d’arriver à vous faire rire de lui… Ma seule promesse, c’est d’essayer de divertir du mieux que je peux. Je sais manipuler les réactions des gens. Il y a différentes sortes de rire. Le rire des tripes, c’est quand vous n’avez pas le choix, vous êtes obligés de rire. Le rire des tripes ne vient pas de l’intellect, et c’est beaucoup plus difficile à pratiquer pour moi maintenant que je suis connu. Ils se disent : « Wow, Andy Kaufman, ce type est vraiment marrant », mais je n’essaie pas d’être drôle, je veux simplement jouer avec leur tête. »

Ainsi se présente le personnage qui passa sa vie à la transformer en fiction. Car Andy, c’est aussi Latka, un jeune émigré polonais, et Tony Clifton, un vieux rocker incontinent. C’est encore l’inventeur fou de performances ahuries : au Carnegie Hall, il invite sur scène Robin Williams déguisé en sa propre grand-mère et fait chanter des chants christiques au public avant de le faire transporter dans des hangars, via 35 bus spécialement affrétés, pour déguster le traditionnel goûter américain « milk and cookie ». Plus tard, il s’auto sacrera champion international de catch mixte, jonglant toujours plus haut entre malice et folie, avant de mettre brillamment en scène, comme un ultime pied de nez à l’illusion, son propre enterrement.

En regardant défiler le générique de fin, nous respirions à peine. C. alla se laver les dents, on se demandait si oui ou merde il était vraiment mort, si oui ou merde la fiction finissait toujours par prendre le pas sur la réalité, et si oui comment on s’en sort, et si non pourquoi nous aussi on se fait manger dans le cerveau à la petite cuillère, et si la vie n’était qu’une vaste joke, etc.
Car en plus de réussir un biopic à la limite du documentaire, Milos Forman, en ne donnant pas de fin ouverte, en laissant traîner les questions, en ne simplifiant pas le personnage, tire à boulet rouge sur cette société du spectacle dont nous sommes les héros.

Spéciale dédicace pour les inventeurs du raggaetown et du rock’n’roll, down in the 70’s. Chérie, tiens bon!

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3 Commentaires

Classé dans #3 Mercredi : cinéconnasses

3 réponses à “Des filles sur terre

  1. La femme d'Elvis

    S. est ce que par hasard ça te brancherait pas de m’épouser…?
    C.

  2. Grave, mais en string alors- avec une banane sur la tête
    S.

  3. la femme d'Elvis

    D’ac mais je fais l’homme…

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