February’s nights

Nous n’avions pas décidé de sortir. Nous n’avions pas choisi la Flèche d’Or. Nous sortions d’un putain de test HIV. Nous avions manqué de nous frapper la tête contre les vitres de l’hopital Saint-Antoine, nous étions des matricules, traînant dans ces couloirs quelques erreurs de jeunesse.

 

february’s nights

Il était 19 heures. J’avais proposé une lecture de poésie et elle avait dit oui, et nous avions monté la rue de Belleville en constatant qu’on démontait déjà les guirlandes de Noël.

C’était un jour sans nom, sans date, et sans couleur. Un jour à se laisser surprendre, ou pas. Une fine pluie de fin de règne, des passants en manteaux noirs, des filles un peu trop jolies: un lundi sans préjugés ni fantasmes.

Le regard du cygne est au fond du 210, une cour pavée cachée / on a pensé, Trop de villes dans les villes, gloire aux planques. Frédérique de Carvalho, sa tête blonde oxygénée avait une voix d’ailleurs qui semblait courir devant l’urgence, avant la catastrophe et même ses silences hurlaient un peu trop fort. On pensait aux plages de Normandie, elle disait « j’ecris sous la croûte » puis « j’ai vingt ans, ou pire » et « cocaïne sexe avec des pistolets » et j’ai pensé, On peut guérir de tout.

Nous avons hésité – steak, ciné, concert. Je me souvenais du pitch de la Flèche d’Or, une voix douce et mélodieuse. Nous avons dévalé la rue des Pyrénées et serré la main des videurs en parlant des parkings, des agendas, du froid.
Il y avait une petite centaine de têtes levées vers la scène, et nous nous sommes souri. Angus avait la voix de l’eau dans les sources, et Julia Stone tordait ses mains en chantant. Elle disait « Change, change, it’s over us now », c’était comme un western tragique aux accents de ruptures et ce qui saigne d’autre. J’ai pensé, il y a la musique, On peut guérir de tout.

Nous avons pris deux verres – un coca, un brouilly – et nous sommes lovées dans un canapé.
Avons parlé de l’éphémérité de l’underground, des hommes à barbe, de la supériorité des sneakers américaines, de la reconnaissance, qui n’existe pas, et de l’envie, tout court.

Il était 1 heure en rentrant. Nous écoutions Miles Davis en traînant sur jesuisunebandedejeunes.com. Nous nous étions réconciliées avec la douceur, j’ai cuisiné une omelette.

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Classé dans #4 Jeudi : They Say So ...

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