LE GOÛT DE SAGAN

Ce qu’il y a de plus stupéfiant chez Françoise Sagan, c’est ce côté « malgré elle ».
Fille de la bourgeoisie française, elle fut propulsée, à 18 ans, chef de file d’une génération incroyablement libre et productive, et dont les quelques restants font aujourd’hui figure de rescapés.

Un certain goût du risque.

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photo@SuperConnasses
J’aime rarement les biographies. Surtout celles qui surfent sur cet appétit malsain qu’a le public pour la bio-paillettes. Après Karl, Deneuve, Cécilia, Nanty, Sagan à toute allure, dernière en date, est signée de la journaliste Marie-Dominique Lelièvre, et ne fait pas exception. Le style est lassant, entre anglicismes débéctants et références faussement branchées. Une certaine pâte Libé mal digérée.
L’intérêt, c’est que c’est pour nous l’occasion de revenir sur cette jeune auteur du prodigieux Bonjour Tristesse.
Publié en 1954 il bouleverse le paysage littéraire français, tout en révélant une toute jeune femme de 18 ans, Françoise Sagan, de son vrai nom Quoirez, qui continuera de faire parler d’elle comme une irréductible des plaisirs vrais et de la liberté absolue, dangereuse, violente, subie, et cruelle enfin.
Petite dernière surprotégée, mal armée, c’est malgré elle, par ignorance, par frustration, par caprice, qu’elle fonce aveuglement dans tous les gouffres qui la perdront. Éternelle enfant, elle fuit la contrariété. Avec un soin particulier, elle fait de sa vie une cour, d’admirateurs et de récréation. En bon monarque, elle orchestre le tout, centre des attentions et incapable pourtant de prendre véritablement part aux festivités.
Héritière de la génération Sartre, elle est, encore malgé elle, représentative de ce Paris lettré, qui fait traîner derrière lui des effluves de Stendhal, de Flaubert, mais aussi d’Hemingway, de Camus, de Faulkner et de Fitzgerald.
A 18 ans, alors qu’elle empoche son premier pactole d’écrivain, elle fonce s’acheter une Jaguar. Qu’elle paie cash. Deux ans plus tard, après une soirée fructueuse au casino, elle s’achète de la même manière un manoir à Equemeauville. Qui devient le défilé constant d’une galerie de personnages déjantés, créatifs, désireux de partager l’euphorie perpétuelle. Sa vie sera ainsi faîte d’impulsions, de colère heureuses et d’errements narcotiques.
Il y a une forme de désespoir chez cette Sagan qui dort tout le temps, et se jette à bras ouverts dans les excès, les drogues, les délits et les déboires. Dans Bonjour Tristesse déjà, elle disait : « Sur ce sentiment inconnu, dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse ». Dans Toxique, journal de cure de désintoxication où elle tente de se défaire de la morphine après un grave accident de voiture qui l’élève au rang d’alter ego de James Dean, elle confie : « Quand donc aurais-je la force de conduire une Aston ? Prendre la porte Maillot un peu vite… ».
En 1987, elle déclare au Figaro que « l’excès, c’est un goût ou un sens. On le promène à travers la vie, et ce qu’on trouve de délicieux à l’existence, c’est qu’elle offre toujours de nouveaux excès à faire… »
À bon entendeur…
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2 Commentaires

Classé dans #4 Jeudi : They Say So ...

2 réponses à “LE GOÛT DE SAGAN

  1. vraiment cool ce blog !

  2. Francoise Sagan a vécu comme elle conduisait ses voitures ; toujours à la limite…

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