TRISTE SEAN PENN, JOYEUSES FOUTAISES

J’ai toujours considéré que toute entreprise artistique devait, pour être digne de ce nom, se confronter au risque. A un moment donné, il faut heurter l’attente commune et connue du grand public, sa catharsis prête-à-porter: lui imposer la brisure.

Sean Penn, en réalisant son dernier film Into the Wild, contourne scrupuleusement cet enjeu, et se jette avec splendeur dans les fades refuges des canons institutionnels.

 

Into the wild

Oui, la planête a mal tourné. Et, apparement, d’Al Gore à Di Caprio, Hollywood a vu dans cette tragédie de la nature du bon- manger pour son appétit fictionnel. Oui, nous sommes tous d’ingrats consommateurs aveuglés par notre propre narcissisme et nous devrions aller brûler nos biftons dans la Vallée de la Mort. En attendant, nous avons le cul collé à notre siège de velours rouge, pop corn dans une main, « Trois couleurs » dans l’autre, et nous aimerions bien en avoir pour notre argent.

Or, passées les premères vagues de culpabilité ( je suis une fille superficielle, où donc est passé l’animal sauvage en moi, demain, je reprend le vélo et renonce à ces extraordinaires pompes soldées, etc.), il faut bien le reconnaître: le chemin -ou plutôt la débacle- d’ Alexander Supertramp, alias Christopher MacCandless, alias Emile Hirsch, est mièvre, attendue, naïve. Le film surfe sur des sentiments superficiels moulés à la truelle, et dont les ficelles nous rapent méchament les yeux.

L’histoire est simple. Le Christopher, fraîchement dîplomé, n’accepte pas que les adultes ne soient pas infaillibles et que ses parents aient un passé. Avec sa gueule d’ange, il décide d’aller expier son malheur en Alaska. En fidèle disciple de Khalil Gibran, il va prêcher les bonheurs simples, les gentils hommes et les beaux sentiments auprès de la galerie clichée à souhait des personnages rencontrés sur son chemin: un vieux couple hippie en crise (que SuperChris réconcilie miraculeusement en allant jouer dans les vagues), un papy en mal de descendance, des farmers mafieux à gros bras, une assistante sociale étonnament sympa. Tout le monde connaît bien ses répliques, sa charge de pathos impartie, et est décidé à nous faire pleurer.

Je vous passe les plans-neige en Alaska, les leçons de vie sous forme de Viens-regarder-pendant-cinq-bonnes-minutes-comment-j’écris- mon-journal-intime, les séquences hédonistes de la vie d’ermite, et, comble de l’hérésie cinématographique, la voix-off de la petite soeur qui se charge de BIEN NOUS EXPLIQUER ce que le réalisateur ne parvient pas à faire passer à l’image – et qui aurait fait, en l’occurence, la force du film.

Vous qui êtes las des séances de didactique de bons sentiments sur grands écrans, faîtes comme moi. Pour sentir des hommes qui font vraiment l’amour à la terre, relisez Jack London, Stephen Crane, Jim Harrison. Pour le sentiment de perte, de désert, de solitude, revoyez Gerry, de Gus Van Sant. Pour vibrer à la chaleur du goudron, dans la sueur du travail, ressortez Calexico, Robert Jonhson, Harry Belafonte.

Mais si vous voulez un mélange du tout délavé, gommé des ses aspérités, et pétri d’une bonne dose de story-telling prémâché, allez voir Into the Wild.

 

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Classé dans #3 Mercredi : cinéconnasses

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