William T. Vollmann: Ecrire pour les putes.

Il y a eu le Vietnam. Il y a eu des types qui ont fait le Vietnam et qui en sont revenus mais pas tout à fait. Qui ont cramé au Napalm une part de leur raison dans ces plaines bercées par la mort. Jimmy est l’un d’eux. A San Francisco, il erre à la recherche d’un mirage féminin, Gloria.


Des putes pour Gloria, de William T. Vollmann, ecrivain naturaliste de la misère poisseuse, du sexe sale et de la drogue méchante, peut être considéré comme une expérience de l’extrême, où la littérature attaque de plein fouet les limites du supportable. Ce roman kaléidoscopique, découpé en chapitres montés comme des plans séquences aux noms de femmes, est un véritable hommage à la prostitution. C’est aussi l’occasion pour l’auteur de s’intéresser et aux différentes formes de traumas que cet univers recouvre. Solitude, désespoir, addictions, enfances bancales, schizophrénie, violence : de trottoirs mal famés en bars miteux, Vollmann dévoile sans ménagement les fractures de l’homme en proie aux dérives de la modernité.

Photobucket

 

« – Oui je voudrais faire une réservation pour le vol de ce soir au nom de Gloria Evans (…) – Combien ? Quatre-vingt dix dollars ? Vous vous foutez de moi. – Comment ça, que je surveille mon langage trouvez moins cher c’est tout… Dis donc chérie tu as une très belle voix c’est quoi ton nom tu as quel âge ? – Eh bien ma petite, t’es assez âgée pour être ma mère alors fais comme si c’était le cas ; pense à moi très fort et aide-moi. Tu peux me faire une réduc ; je peux aller me faire foutre ? Très bien.

L’homme éclata de rire. Il raccrocha, adressa un clin d’œil à Laredo et s’éloigna d’un pas sautillant. Mais Laredo n’était pas dupe. Elle savait que le téléphone était hors-service depuis des semaines. Et elle savait que l’homme pleurait toujours. »

« Le plus triste, c’est quand Dinah se fendait d’un grand sourire ou qu’elle éclatait de rire sur le lit les jambes écartées, comme si elle prenait du bon temps dans cette pièce pleine de crasse, de vapeur, avec le radiateur qui sifflait et cliquetait. (…) Jack était assis sur le lit, il s’injectait un mélange de coke et d’héro dans le bras, et Dinah baillait en se grattant sa chatte qui la démangeait.»

« Bon écoute-moi Jimmy dit Candy je voudrais pas te vexer ou quoi mais faut que tu saches ce que je dis à tous les mecs un peu âgés : mon temps est précieux alors si tu peux pas bander je vais pas rester jusqu’au déluge tu vois ce que je veux dire ?
J’en suis plus capable, dit Jimmy. Tout ce que je veux, c’est des histoires tristes. »

William T. Vollmann, Des putes pour Gloria, Ed. Points, 6 euros.

Publicités

1 commentaire

Classé dans #4 Jeudi : They Say So ...

Une réponse à “William T. Vollmann: Ecrire pour les putes.

  1. Pingback: Gloria in exclesis Deo… « Superconnasses

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s