Je n’aime pas Bob Dylan

Je n’aime pas Bob Dylan.
Ou comment j’ai aimé I’m not there, de Todd Haynes

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Ce poète hippie, impie, névrosé et son harmonica grinçant. Ce gringalet monté sur Ray Ban, ses cheveux en friche, sa dégaine de corbeaux amaigri, déplumé, ses faux airs d’ange, exterminateur. Pleurnichard, criard, gémissant, prêchant. Hurlant. Dément.

Pourquoi en faire un film ?

Pourquoi à l’ère des bio-pict – sous-entendu « films d’inspiration biographique », avec leur dose de romance, de noms changés , d’interprétation du réalisateur – fragmenter un personnage aussi légendaire que Bob Dylan jusqu’à l’en faire disparaître ?

Pourquoi faire surgir sur l’écran les fantasmes hallucinatoires les plus dérangés, les plus sombres, les vibrations les plus mystiques, la force la plus noire, la plus désinvolte aussi, du songwriter du siècle ?

Pourquoi dans un élan de destruction, reconstruire une vie, dans tout ce qu’elle a de plus décousue, rendre hommage au personnage si complexe qui a traversé les années 70, les années 80 et hante encore les planches ?

Parce que justement, Bob Dylan est Bob Dylan : comme toi, comme moi, traversé des mêmes peurs, des mêmes pulsions de vie.
À l’exception près qu’il est touché par la Grâce.
Et que ses plaintes, communes à tous, s’élancent vers le ciel en des prières dont le langage n’atteint que les anges.
Les anges qui pataugent dans la boue du quotidien. Toi, moi. Nous.

Bob Dylan, c’est Rimbaud à l’Américaine. La musique en plus.

Tout ça, révélé par les images de sa vie, des reproductions scénographiées, calquées, à la seconde près, sur les images d’archives. Copies de bouts d’interviews, fragments reproduits de Don’t look Back et No direction Home, mêlées à des dérives cinématographiques : un grain de pellicule, une typologie d’image propre à chacun des fragments, qui s’accordent, passant du noir et blanc à une couleur 70.

Que les Vierges se remplissent d’amphétamines, que le Voyant s’aveugle : Je est un Autre.

Et peu importe que vous aimiez, que vous connaissiez, que vous adoriez Bob Dylan, la beauté de la succession de personnages, héro protéiforme et anonyme, l’immersion dans un monde magique, onirique, décalé, excité, électrise. Et de ces mélanges divers en sort la sublimation, un clin d’œil au réel.

Et moi, qui n’aimait pas Bob Dylan, c’est éblouie, que je suis sortie de la salle de cinéma. Comme si la communion se faisait par les images, la musique lancinante, berçant nos âmes.

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1 commentaire

Classé dans #3 Mercredi : cinéconnasses

Une réponse à “Je n’aime pas Bob Dylan

  1. Bob Dylan is: Love, God, a fucking Genius, Beautiful, Funny, God, a Genius, Love, Love, Sexy, a Genius.

    Quelle est la superconnasse qui a ecrit cet article? ou plutot quelle est la superconnasse qui N’AIMAIT PAS Bob Dylan???!!!!

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