Gaspard Delanoë : L’utopie comme programme

Gaspard Delanöe se présente aux élections municipales de la ville de Paris avec la devise suivante : « Votez Delanöe. Le vrai Delanöe. ». Son programme raffiné et culotté propose, entre autres, l’installation de bornes Célib’ et la destruction du Sacré-Coeur. Avec pour but de faire rempart à l’austérité politique du paysage français, tout en remettant le rêve, le rire, et la particularité individuelle au cœur du débat. Rencontre avec un sacré Jésus de la démocratie, la vraie.

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Les propositions de votre programme sont tantôt ironiques, tantôt hédonistes. Que défendez-vous ?
Je représente la part de fantaisie, de rire et de nonsense de l’être humain. Je regrette que les mythes qui nous construisent soient si peu reflétés. Mes propositions montrent que la politique peut se baser sur autre chose que la peur et le ressentiment, qui dominent les discours. Il y a de la peur en chacun, oui, mais il y a aussi du rêve. Fin XIXème, les gens ont demandé à être payés à ne rien faire. 50 ans plus tard, on votait les congés payés. En termes d’utopie, l’époque dans laquelle nous vivons est en pleine régression.

L’opinion publique est obsédée par le « vote utile ». Comment justifiez-vous votre candidature ?
Mon projet est né après les présidentielles, où de nombreuses candidatures marginales ont été écartées. Je pense qu’on s’éloigne de la démocratie. Me présenter, c’est être actif, faire bouger la démocratie.
Aujourd’hui, nous avons en politique des habitudes de consommateurs. Nous sommes attentistes. La politique, ce n’est pas un marché, mais l’expression de visions du monde d’un certain nombre de personnes proposées au peuple.
L’électeur est infantilisé par des discours paranoïaques, moi je fais confiance à son intelligence. Si j’obtiens 100 voix, ce sera déjà 100 voix de représentées.

Vous présentez-vous contre Bertrand Delanöe ?
Non. Mon slogan parodie le marketing politique ambiant, et le goût publicitaire pour l’authentique, ces petites choses comme nos « bons terroirs de France », vous savez …ou le « vrai yaourt au goût bulgare ». (Là, il me conseille d’essayer le faux yaourt au goût bulgare ou le vrai yaourt au faux bulgare, et je répond que moi je tape uniquement dans le grec).
Si je trouve des fonds pour faire des affiches, mon slogan sera : « Faire de chaque jour un jour nouveau ».

Le 1er novembre 1999, le KGB – (Kalex, Gaspard, Bruno) investissait les murs du 59, rue de Rivoli et fondait le collectif « Chez Robert, électron libre ». Huit ans plus tard, où en êtes-vous ?
Le 59 est en travaux, mais nous existons encore ! Dans le 9ème, rue de la Tour des Dames. Par contre, ce n’est pas ouvertt au public. On espère revenir à Rivoli en juin.

Avec 40 000 visiteurs par an, vous avez été classé 3ème centre d’art contemporain de Paris. Ça change quoi ?

Ça change la mentalité des gens ! Ils sont venus, et ils ont découverts des artistes qui n’étaient pas des sauvages mais des descendants directs de l’homme de cro-magnon.Il faut sortir de la diabolisation du squat.

Et l’art contemporain dans tout ça, que pensez-vous de la « scène » actuelle ?
Oh.. C’est vaste ça comme question ! Disons que je trouve que manque d’audace, qu’elle est complètement repliée sur elle-même. C’est la DAP (Déléguation aux Arts Plastiques, ndlr) et deux-trois inspecteurs de la création qui dictent leurs goûts et c’est ridicule. Moi, je milite pour que les artistes s’emparent des lieux en les gérant eux-même, sans être inféodés, systématiquement, à un directeur artistique, un comissaire, un attaché de presse, un gardien de musée et une dame-pipi !
Avec le 59, rue de Rivoli, nous avons pris les lieux et diffusé les œuvres, sans l’aide de personne et c’est très bien comme ça. Je refuse que des experts prémachent les choix du public. Je refuse que l’art soit uniquement représenté par ceux qui ont lu Leibniz, Derrida, Foucault, Nietzsche, Schopenhauer et Spinoza (et là je pâlis, je dis et moi en bonne ex-khâgneuse j’ai lu tout ça est-ce que je dois aller au rebus Monsieur ? Et il dit Non, mais il faut se méfier de l’art qui devient un discours mondain, de l’œuvre qui n’est plus au centre de la création, et là je dis que je suis bien d’accord). Il faut une place pour les choses moins intellectuellement assises, ne pas laisser l’œuvre devenir l’outil d’un discours mondain qui validerait l’art.

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Classé dans #6 Samedi/Dimanche : Gossip

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