Ainsi vont les matins

origine_du_monde-courbet.jpg « Il est assis, nu, sur le lit; ses yeux de crevard, que la clarté suspend. La fenêtre, là, dont il aurait dû rabattre le volet gris. Il ne la regarde pas, n’ose pas la regarder, elle, qui lui fait face, la femme, nue, la fille, il ne sait pas encore.

Puis plante dans son visage à elle un étendard qu’à cette distance et dans ce rêve, il ne distingue pas d’une avalanche, lui, l’homme assis, au coeur myope, frappant les coups de la première chambre en partage.

C’est une femme avec un coeur siéple et c’est une montagne sacrée, oui, la fin d’une ascension.

Elle lui dit:

– Je ne veux pas être la seule, la seule à qui tu fais l’amour sans, sans, sans capote, quoi, sans préservatif, pas question que je sois celle-là, avec qui tu décides de – tu comprends?Je veux qu’il y en ait d’autres comme moi, d’autres que tu aimeras sans précaution, j’aimerais que ce soit chez toi comme une habitude de prendre les femmes sans préservatif, est-ce que c’est une habitude? Ne réponds pas. Je préfère prendre ce risque là, ce risque là tu vois, parce que c’est un risque, je ne te connais que depuis moins que ça; ce risque là plutôt que celui de me sentir aimée plus que les autres, aimée vraiment, parce que tu dois en aimer d’autres, n’est-ce pas? Mais que je sois la seule à être prise à même la chair, ça non. Je ne veux pas que tu me protèges, je ne veux pas être protégée. Je sais que tu fais l’amour à plusieurs femmes, dans des instants qui ont l’air de durer pour chacune toute une vie au moins toute la vie, ta chambre est un shopping-mall où l’on vient faire ses courses. Ca se voit. Ca se sent. Ca me va. Baise-moi comme tu baises les autres, avec ou sans préservatif, mais surtout: que je ne me sente pas choisie par toi.

C’est une femme avec un corps simple; en effet, il en voit défiler comme si son lit était un livre de Bukowski.

Il baisse les yeux, regarde le bout de ses piieds nus; ongle incarné, un peu dolent:

– Je vais nous faire un café. Tu bois du café? Sinon, j’ai du sirop d’orgeat.

– J’ai dit une connerie?

– Tu aimes les épopées?

– Tu, tu n’as plus envie?

– Moi, j’aime ces héros qui partent pour ne plus revenir, qui partent parce qu’ils ne peuvent tout simplement pas rester. Il y a toujours ce moment où ils disent: c’est plus fort que moi.

– Je veux bien un café.

Alors, ils marchent ensemble vers la cuisine et c’est quatre ou cinq mètres de couloir qui ressemblent au pélerinage vers Saint-Jacques; le temps, escarpé, du coup; montres impossibles à remonter, heure magnétique qui les colle au frigo, une fameuse migraine pourrait tomber, à cet instant où traverser ce putain de couloir, c’est la croix.

– Pourquoi suis-je déja tellement, tellement amoureuse de lui? Pense-t-elle, en lui demandant où il range le sucre.

Ce serait splendide si, au bout du compte, ils se mariaient et avaient beaucoup d’enfants, mais on ne va pas leur faire la leçon. « 

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Classé dans #4 Jeudi : They Say So ...

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