SPECIALE RENTREE LITTERAIRE

Vous êtes rentrés de la plage et des vacances. Vous étiez beaux, bronzés, enthousiastes ; pleins de bonnes résolutions. Vous avez pensé : cette année, c’est mon année. A moi le Grand Paris et les petites gloires.
Vous avez déjeuné en terrasse avec ce vieux pote pour un debriefing post summer-love. Vous portez encore vos vieilles espadrilles marines décolorées par le sel et vos Wayfarer 1978 a.k.a LE must have de l’été, vous êtes In’n’Hype, tout va bien. Et pour parfaire ce tableau germanopratin ultra bankable de l’automne 2007, il ne vous manque qu’une chose, le livre.
Mais c’est là que les choses se gâtent. En entrant dans cette librairie, vous avez un vertige. Grasset, Gallimard, Stock, P.O.L, c’est un combat de coq à coup d’étiquettes rouges, de couv’ tapageuses, d’une photo de Benchetrit par-ci et une de Darrieussecq par-là : c’est un espèce de gros bordel, et c’est impossible de choisir, on le sait bien.

Pour vous, les Superconnasses ont repéré LES bouquins de la Rentrée Littéraire : ceux qu’ils faut lire, et ceux qu’il faut fuir.
Episode 1.

Si vous n’avez pas d’argent, ou si vous êtes méga myope, ou si vous redoublez le C.P., bref, si vous ne deviez en lire qu’un, c’est simple :
Olivier Adam publie A l’abri de rien aux éditions de l’Olivier.
Olivier Adam, c’est 5 romans à son actif, dont le plus que bouleversant Falaises (2004) et le Je vais bien, ne t’en fais pas, dont fut tiré le film éponyme.
A l’abri de rien, c’est sûrement une histoire qui, quelque part, nous parle à tous. C’est un récit qui se place à l’endroit exact où, à un moment, on « lâche » sa vie. Quand les couleurs et les odeurs, d’un coup, glissent entre les doigts, et qu’on laisse partir, parce que c’est trop difficile de se lever et de parler et de marcher et d’y croire tout simplement.
A l’abri de rien, c’est l’histoire d’une femme, de Marie ( !), dont le chômage, la maison Kaufman and Broad, les fins de mois difficiles, la lassitude du couple et les enfants, pourtant si mignons, la font lentement glisser vers ce trou. Elle s’accroche, Marie, elle essaie. Elle commence par donner son temps à ces réfugiés, les « Kosovars », qui traînent partout dans la ville (c’est Calais, ndlr), et puis son argent, et puis sa raison. Et puis elle s’y noie.
A l’abri de rien, c’est un bouquin qui pu le pauvre et les larmes au rimmel dans une R5 en bord de mer. C’est une écriture forte, peut être la plus belle (à mon avis, en tout cas) de cette génération. A la fois moderne mais juste. Cruelle mais précise. Lumineuse et terrible. Elle est portée par cet auteur, O. Adam, enfant de la balle et du 9.3, qui n’a pas peur de fouiller la merde de l’histoire contemporaine et les dérives de la société, et qui, dans une écriture modeste et radicale, dépeint merveilleusement ces boules dans la gorge de certains matins, qui prennent au ventre et coupent les jambes.
Ca donne :
« Devant la maison d’en face, deux femmes discutent. Elles ont les cheveux courts ou rassemblés en queue de cheval, les jambes moulées dans ces caleçons qu’on trouve au marché le dimanche. Elles attendent que leurs enfants rentrent de l’école, leur homme du boulot. Je les regarde et ne peux m’empecher de penser : c’est ça leur vie, attendre toute la journée le retour de leurs gamins ou de leur mari en accomplissant des tâches pratiques et concrètes pour tuer le temps. Et pour l’essentiel, c’est aussi la mienne. Depuis que j’ai perdu mon boulot c’est la mienne. Et ce n’est pas tellement pire. Le boulot au supermarché c’était pas tellement mieux j’avoue. »

Après, il y a le numéro deux, et je suis désolée, mais ce n’est pas beaucoup plus gai. (A la fois, vous avez fait le plein de Vitamines E ).
Qui a déjà entendu parler de Joan Didion ? Personne, n’est ce pas ? Et bien, c’est un tort, et il en incombe aux maisons d’édition. Pourtant, J. Didion, c’est une figure majeure de la deuxième moitié du XXème siècle, femme splendide et indépendante, ecrivaine underground et journaliste reconnue, muse, entre autres, de Bret Easton Ellis et de Salinger. Son dernier livre est publié chez Grasset et s’intitule L’Année de la pensée magique.
L’hisoire est simple : Le 30 décembre 2003, alors qu’ils allaient se mettre à table, John Dunne (également écrivain et auteur de bouquins que je recommande chaudement), époux de Joan, fait un arrêt cardiaque et meurt.
Pour survivre au deuil, Joan Didion n’a d’autre choix que de traquer la douleur, mot à mot. La douleur et la souffrance, l’incompréhension ,le choc, le refus. Une année entière à traquer de manière obsessionnelle le moindre détails, le moindre fait clinique qui puisse atténuer l’absence, justifier la perte. Une écriture digne et, on l’imagine, salutaire.
« Je me souviens d’un dernier cadeau de John. C’était mon anniversaire, le 5 décembre 2003. Il y avait dix-huit centimètres de neige et les prévisions en annonçaient quinze de plus. Je me souviens des paquets de neige dégringolant des ardoises du toit de l’église Saint james, de l’autre côté de la rue. Avant le dîner, John s’est assis près du feu dans le salon et m’a fait la lecture à voix haute. »
« Le chagrin du deuil, en fin de compte, est un état qu’aucun de nous ne connaît avant de l’avoir atteint. Nous nous attendons peut être, si la mort est soudaine, à ressentir un choc. Nous ne nous attendons pas à ce que ce choc oblitère tout, disloque le corps comme l’esprit. Nous nous attendons peut être à être prostrés, inconsolables, fous de chagrin. Nous ne nous attendons pas littéralement fous. »

La semaine prochaine : Eric Reinhardt, sarkozyste ? Et William T. Vollmann réécrit la Bible.

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Classé dans #4 Jeudi : They Say So ...

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