Je vous salue Jean-François Bizot

actuel.jpg

Je vous salue Jean-François Bizot, père du média underground et alternatif, combattant de la différence et de la radicalité.

En 2003, en parlant du dernier livre de Jean François Bizot, Un moment de faiblesse, récit autobiographique et confessionnel d’un cancéreux cru dans ses paroles et debout face au mal, le journaliste Arnaud Viviant finissait sur ces mots : « A la fin, on peut bien vous le dire, Jean-François Bizot va revenir en pleine forme de son reportage le plus saisissant « 

La réalité vient hélas de lui donner tort. Malgré l’intensité des soins, largement ponctués de gin, herbes thérapeutiques et autres substances illicites, JFB s’est éteint des suites de son cancer ce lundi 10 septembre 2007. Il avait 63 ans.

JFB naît en 1944. Enfant de la grande bourgeoisie parisienne.

1968. Intrigué de causes révolutionnaires et d’idées nouvelles – Black Panthers, MLF, les Grateful Dead, Wharol et d’autres –. Hérite d’une colossale somme d’argent. A l’époque, ce fric encombre. Il hésite à le donne au PCF. Dieu merci, il s’en abstient. En 1970, Actuel voit le jour.

Actuel, LA première bombe libertaire de la free-press française post soixante-huitarde. Cofondé avec ses copains le Dr Bernard Kouchner et Patrick Rambaud a.k.a Hyma la Hyène, le magazine mythique se fera, le temps de 48 numéros, deux formules et ce jusqu’en 1994 tribune de la contre-culture française et du journalisme subjectif et volontaire. Il traque les tendances, s’intéresse aux modes, aux phénomènes de (para)société, au politiquement incorrect et au carrément subversif, bref, devient la Bible du branché. On y lit les noms de Zappa, de Tim Buckley, on y parle de pop-music, du MLF, de communautés mexicaines, et Bizot invoque « une révolte à la fois clocharde, céleste, révolutionnaire, cyberfreaks et vidéoguérilleros, sexplorateurs, écologistes ».

Poudre aux yeux ? Poudre au nez ? L’expérience flirte avec le psychédélique et le paranormal. Certains articles sont illisibles pour cause de typo allezviensjtembrouille. Bizot s’inspire d’expériences psychotropiques nourries à base d » amphés haïtiens périmés, sirops turcs, mouches cantharides mordorées du sud marocain et de champignons balinais dégustés dans du jus de mangue sur une plage de Bali of course, au coucher du soleil. ».

Voyage et goûte au risque : le Zaïre, Bornéo sous la pluie, Soweto by night, la Côte d’Ivoire.

Organise des teufs, aussi. Libé s’est souvenu de cette « nuit du « kosmische » rock allemand dans la cathédrale de Reims bookée pour l’occasion, et de l’effarement du clergé le lendemain matin : un humus de trois centimètres de mégots de joints tapissait les dalles qui avaient vu les sacres des rois de France ». Nous sommes en 1974, c’est tôt.

En 1981, JFB va plus loin. Toujours avec ses petits deniers, il fonde Radio Nova et reprend TSF. S’installe près de Bastille. Galère quelques années avant de décrocher sa fréquence, d’attirer la pub et de devenir LA radio urbaine et impertinente que l’on connaît. Dénicheuse de talent, c’est sur ses ondes qu’on a pu entendre pour la première fois en France, entre autres, Laurie Anderson, Björk, , MC Solaar, les Gypsy Kings et, surtout, l’arrivée de l’éléctro. Crée Nova Mag. Déniche et encourage les talents ; Edouard Baer, Ariel Wizman, Jamel Debbouze y on tété du micro.

Mais s’il a piétiné les rois de France, c’est en qualité de pape de l’underground que Bizot quitte aujourd’hui la scène. Car si l’on doit bien quelque chose à JFB, c’est d’avoir su importer puis féderer le mouvement en France. Il y a eu de l’underground avant Bizot, bien sûr, car il y eut de l’underground dès qu’il y eut société. Bizot l’a traqué, encouragé, suscité, financé parfois et raconté surtout.

L’ensemble de cette contribution se concentre, en fait, dans un livre paru en 2003. Underground, l’histoire (Denoël) est un véritable BRED de l’avant-garde rebelle. On y trouve de précieuses définitions de ce mouvement bâtard et fourre-tout.

Il y retrace l’histoire – qui commence à Paris en 1900 avec le futurisme italien , le suprématisme soviétiques dada et les surréalistes emmenés par la mécène Anna de Noailles et continue jusqu’aux pulls à rayures de Jean-Paul Gaultier.

Pour Bizot, « être underground, c’est se dire : « Parce que je sens que quelque chose ne colle pas, je fais quelque chose. ». C’est une création qui ne correspond pas aux critères formatés de la société mondiale. Le cocktail de l’underground, c’est une dose de radicalité, une dose de charme, une dose de générosité et une dose d’intention artistique ».

Puissent ces derniers mots faire office de Manifeste.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans #4 Jeudi : They Say So ...

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s