Mécanismes féminins.
juin 26, 2008 — superconnasses- Tu sais qui je suis ?
Ironique.
- Une débauchée.
Son mouvement lascif.
- Débauchée, luxurieuse, corrompue, déréglée, voluptueuse, immorale, libertine, dissolue, sensuelle, polissonne, baiseuse, dépravée, impudique, vicieuse.
Me baisant la main avec une feinte dévotion.
- Et malgré tout ça, je veux qu’on m’aime.

La nuit, elle ne eut pas rentrer chez elle, tout des rues l’attire, les promeneurs solitaires, les ivrognes, les demi-fous, les prostituées, les rafles de police, les ombres inquiétantes qu’on croise, la vie comme ankylosée des cafés, les lumières, les couples enlacés debout contre un mur, la femme qui tient un discours incohérents, les voitures qui ralentissent à sa hauteur, le conducteur qui baisse sa vitre et la siffle, elle y va ou non, si elle n’accepte pas, on l’insulte, ça ne lui déplaît pas, le métro aérien qui glisse comme un long jouet dans la nuit, les hommes qui la suivent de rue en rue sans l’aborder, dont, soudain, on n’entend plus le pas, la fatigue qui se répand dans les nerfs comme une coulée froide, elle voudrait être dans son lit après avoir pris une douche, mais, en même temps, être encore ici, le jeune homme qui a été accroché sur sa motocyclette par la voiture d’un couple, interdit au bord du trottoir devant le corps à la tête et aux mains en sang, quelqu’un s’approche, la frôle intentionnellement, elle lui crie un mot ordurier, il s’en va, il boite d’une jambe, pourquoi ne pas coucher avec un boiteux ? les sirènes de police dans son dos, l’air s’est rafraîchi, elle frissonne, le sang du jeune homme était noir sur la chaussée, est-ce qu’elle mourra une nuit dans la rue ? elle ne veut pas penser à la mort, il est tard, elle ne rentre pas encore, elle connaît un café où elle peut embarquer un homme, elle a envie de prendre un taxi, une nuit elle a sucé le chauffeur et la course a été gratuite, combien a-t-elle sucé d’hommes ? pourquoi les hommes aiment-ils tant être sucés ? il y a un attroupement au bout de l’avenue, elle traverse, elle est suivie, elle se retournera tout à l’heure, s’il est jeune, elle se l’enverra, elle a profondément envie de faire l’amour, de jouir, la plupart tirent leur coup et s’en vont, jouir à fond, s’endormir jusqu’au lendemain, il faudrait un hôtel convenable, ils choisissent tous des hôtels bon marché, il y a aussi ceux qui cherchent à le faire en vitesse dans le premier coin venu, ce soir elle voudrait, elle ne sait pas ce qu’elle veut, si c’était un très grand hôtel, une très belle chambre, elle se retourne, un vieil homme voûté, pauvre con, qu’est-ce qu’ils se croient tous ces minables ? si elle veut une bite, elle n’a que le choix, le jour va bientôt se lever, elle arrête un taxi, se fait conduire à une adresse, ce qu’il y a de plus excitant, c’est qu’en montant l’escalier, ou dans l’ascenseur, elle sait que, là-haut, la bite qui l’attend est déjà raide, quelquefois pour le plaisir de savoir qu’on bande derrière, elle ne sonne pas tout de suite à la porte, la nuit est une folie rouge.
La Mécanique des Femmes,Louis Calaferte, 1964


