En Kärlekshistoria

Une histoire d’amour. C’est forcément beau au cinéma.

Surtout au Pays des Gens beaux, j’ai nommé la Suède

A Swedish Love Story, premier film de Roy Andersson- réédité pour son retour sur les écrans avec Nous, les Vivants ( prix Un Certain Regard 2007 ), nous transporte dans les vrais années 70 loin des reconstitutions hypes de films rock’n'roll tendances

On en viendrait presque à être pédophile tellement ces deux enfants épargnés par l’age ingrat sont beaux.

Ils ont la fraicheur de l’innocence, la gaucherie de l’enfance, la tendresse de la découverte du monde secret des adultes et le plaisir simple de s’étreindre au soleil couchant, teinté de la perversité des joies du sexe caché.

Ils sont blonds, comme le veut leur pays. Ils sont bronzé, nous sommes en été. Ils ont quinze ans, notre pire age. Celui où on a fait toutes les conneries, sauf qu’ils les font avec grâce, chevauchant leurs bécanes, blousons de cuir, badigeonnant leurs lèvres de rouge à lèvre rose nacré, mimant le monde adulte, leur limite, leur modèle.

Et ce monde adulte que dépeint Roy Andersson, c’est un monde pathétique où la poésie et le rêve sont remplacés par l’échec et l’absurdité.

Les parents de ces enfants, les grands-parents également, offrent un spectacle déchirant de solitude, d’incompréhension, de raté.

Et le décalage entre la beauté de ce monde adolescent en éveil et la noirceur triste du monde adulte en déclin crée un film étrange où l’unité ne résiste que grâce à l’esthétisme- poussé à son extrême- des images, de la lumière particulière des pays nordiques.

Véritable apologie de l’age adolescent, de sa beauté la plus simple, la plus naturelle, la plus belle : les premiers émois amoureux, porté à l’écran par le regard tendre d’un jeune réalisateur nostalgique de ce temps révolu.

On sait maintenant où Sophia Copola a piqué ses références.

Quelle Sagan êtes-vous ?

On aurait pu remplacer cette chronique cinéma par un quizz inspiré du film à césar, Sagan de Diane Kurys.

Ou pas.

En bonne SuperConnasse que je suis, de Sagan je ne connaissais rien ou presque. Aucun de ses livres à mon compteur, quelques évocations de sa vie turbulente et encore.

Sagan, pour moi c’était un personnage du paysage français, probablement aussi intéressant que tous les écrivains du folklore américain qui habitent ma bibliothèque.

Et voilà qu’une réalisatrice décide d’exhumer cette femme auteur. Très bien, mais pourquoi ?

Pour nous raconter en deux heures de cinéma cette femme un peu absente, un peu trop présente, cette battante contre les moulins de la bienséance, des règles et des convenances.

Road movie dont le personnage principale n’éclipse ni lieu ni date ni personnages secondaires - on notera de très beaux seconds rôles dont le jeu soigné et juste équilibre un personnage principale si fort.

Pour filmer l’incarnation mimétique de Sylvie Testud, grimée en parfaite Françoise Sagan jusqu’à parodier sa diction.

Pour donner à voir l’horreur d’être une femme qui vit pour sa liberté et son droit de jouir d’elle-même, de son fric et de sa santé. Criant au monde son je-m’en-foutisme, sa fougue, sa maladresse et sa déchéance en prônant le droit. Le droit d’être ce qu’elle est, ce qu’elle veut. Quitte à se détruire.

Pour choquer. Jusqu’à l’inacceptable agonie. Le lit de mort. Les derniers soupirs d’une Sagan abimée. Détruite par sa propre liberté, rattrapée dans sa propre mort, seule.

Et là, on dit non. Pathétique.

Et tant pis les circonstances, tant pis les regrets, tant pis les possibles, tant pis les doutes, tant qu’à être entière

Avait-on envie, après avoir ri de l’humour piquant de notre femme de lettre; frémi face à une liberté sexuelle dépassant les tabous et le ” normal “; soupiré d’exaspération face à cette exigence, cette rigueur ou ce détachement dont faisait preuve Sagan quant aux questions d’enrichissement, d’éducation ou d’amour; pleuré de joie à entendre ces mots/maux si sincères et si vrais; s’être identifié à cette quête de liberté; avait-on envie de voir ce masque mortuaire dont s’est paré Sylvie Testud pour incarner ces cinq dernières minutes de film ?

N’y avait-il pas de moyen plus subtile qu’une réincarnation plate en bord de mer, pour signifier que Sagan était et restera, dans toute sa sincérité, sa théâtralité, sa fougue, vivante ?

SuperGrave, Superbad dans le texte.

Dès qu’il s’agit de Super, les SuperConnasses se jettent dessus.

C. m’avait fait part de son envie de voir ce super film, quand il est sorti inaperçu, un mercredi d’octobre. Je lui avais évidemment ri au nez, encore un super navet super nul super américain et super boutonneux : du film d’ado à la American Pie.

Et puis finalement, un après-midi de désœuvrement, je jette un coup d’œil au vidéo club et ô joie ô bonheur penche pour ce film super pas sérieux, location uniquement motivée par la présence de Michael Cera.

Mais oui, l’amoureux de Juno en short plus jaune que jaune.

Et moi, Michael Cera avec sa super dégaine de looser, son ton sarcastique et sa gueule à droopy, il m’émeut. il me fait quelque chose, il me plaît bien comme acteur, quoi.

Supergrave, c’est Clint Eastwood qui rencontrerait Woody Allen à la sauce Adam Sandler - tout ça en moins bien quand même - action, trash et super mauvaises blagues, toujours super pire.

Mais c’est un regard super attendri qu’on porte sur ces trois bouffons dans leurs derniers jours de lycée, leur dernière super soirée avant d’entrer à la fac. Et on se dit avec un petit pincement au cœur qu’on aurait pu se retrouver à leur place, si on avait été des garçons américains, si on avait été super moches et super graves.

Un american teenage movie un peu indé parfois, ça fait du bien.

Nos films sont meilleurs que les vôtres

Nous avons toutes, un jour ou l’autre, descendu un demi-litre d’Häagen Dazs Macadamia Nut Brittle en enchaînant comme une forcenée dix épisodes de Sex and The City.
Nous avons toutes pensé, un jour ou l’autre, que pour optimiser notre potentiel girlpower il fallait lâcher nos converses pourries et nos châles pelucheux pour une paire de Manolo Blahnik, et que se balader dans une robe bustier en soie le 31 décembre, c’était possible, même sous des climats continentaux.

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photo©Superconnasses

Carrie, Charlotte, Samantha et Miranda furent à la fois nos moèles, nos complices, nos mères et nos amies. Elles nous donnèrent de grandes leçons de confiance, d’humour, de séduction, de vie, et de connerie. Elles inspirèrent nos tenues, notre vie sexuelle, notre répartie, et nos soirées pyjamas.
En 6 saisons et tout autant d’années, elles s’imposèrent comme la révolution made in pink du petit écran, la personnification de la libération de la femme, le MLF version début XXIème.
On chercha à les copier : Desperate Housewife, The L Word, Cashemire Mafia. De bonnes séries certes, mais pas l’engouement, pas l’attachement coriace pour ces quatre new-yorkaises fortes en gueule et brutes de pomme.

Aussi, nous trépignions d’impatience à l’approche du 28 mai et de la sortie au cinéma de Sex and the City, The Movie. Nous ne voulions rien entendre, rien savoir, nous voulions seulement caresser du velours rouge au moment même où la petite musique du générique nous replongerai en enfance.
Seulement, ils ont changé le générique. Plus de clochettes, plus d’autobus, rien qu’un mauvais hit de r’n’b.
Tout le film enchaîne sur cette déception en filigrane. Samantha est monogame, Charlotte mère de famille, Miranda cyclothymique et Carrie… presque mariée. Fini les plans foireux, les nuits de débauche et le comique de situation. Passé la quarantaine, on se range, on investit dans l’immobilier, on théorise le passé et on redoute l’avenir.
Comme un signe avant-coureur, Samantha a déménagé à Hollywood, Smith oblige. A défaut de débriefings sur le pouce, le quatuor doit filer au Mexique pour se retrouver. Et c’est justement par ce défaut de spontanéité que le film pêche. A la fin, on a plus l’impression de sortir de 2h25 de représentations de marques à l’écran et de bons sentiments que d’une grosse cure de vitamine E.

Ont-elles vieilli ? Avons-nous grandi ?

Toujours est-il que le 28 mai, nous n’étions pas au cinéma. Lassées de devoir faire 1h30 de queue devant le Ciné Cité des Halles, nous sommes allées boire des coups. Entre filles, bras dessus-bras dessous, nous avons arpenté la rue Montmartre, la Place de la Bourse et l’avenue de l’Opéra. Nous avons rencontré des gens, en avons évité d’autres, nous étions saoules et heureuses, nous finîmes en beauté.

Sex and the City, nous l’avons vu deux jours plus tard : en retard comme nous avions coutume de l’être au lycée, un peu honteuses et un peu rebelles. Nous y avons quand même beaucoup ri, commenté les tenues, envié le dressing, aimé Big et maudit la petite Lily.

Mais en sortant, ce sont nos propres histoires que nous avons commentées autour d’une bière.

L’éducation sentimentale passe décidément mieux par la télévision, et 25 minutes explosives et débridées sont plus à même de laisser place au fantasme que 2h25 de méga prod marketée.

Cyclone d’amour sur la Croisette

Jusqu’à la projection de La Frontière de l’Aube, de Philippe Garrel, la séléction officielle s’était montrée raisonnable, avec juste ce qu’il faut d’exotisme.
Clint Eastwood, comme d’habitude, faisait du cinéma qui marche.
Waltz with Bashir, chronique dessinée de la guerre au Liban, avait étonné.
Le hongrois Kornel Mundruzco flirtait avec la beauté dans Delta.
Lucrecìa Martel et son cinéma de cerveau n’avait trouvé aucun écho.
Desplechin avait été bon, sans surprise.

Puis vinrent la Frontière de l’Aube, et la Croisette se déchira. On avait enfin un sujet de conversation dans les soirées, un bouc émissaire pour le bûcher, une bonne raison de crier au Festival bourgeois, ou pire, Parisien.
Pourtant, Philippe Garrel, sa tête d’Einstein mal réveillé, son je-m’en-foutisme courtois – « non, je ne suis pas ému », dit-il à la journaliste qui le questionne pendant la montée des marches – n’était pas une erreur de casting, loin de là.


François
(Louis Garrel) est un jeune photographe passionné par son métier, Carole (Laura Smet) une actrice mal dans sa peau. Ils se rencontrent pour un shooting, et c’est le coup de foudre. Les deux amants entretiennent une relation intense, passionnée, mais vouée à l’echec.

Or, chez Garrel, la fulgurance de ces rencontres est violente et brutale, au sens propre du terme. Une rupture, « cet acte primitif », n’efface pas les traces de l’amour. Deux amants peuvent bien s’éloigner, se quitter, se déchirer. Le souvenir de leur amour continue d’exister, mais réincarné en idéaux, ces bouts de cicatrice pour lesquelles on pourrait bien crever.

Filmé dans un sublime noir et blanc, La Frontière de l’aube donne à voir les visages amoureux, les visages en souffrance, les corps en proie au manque. Une intemporalisation de l’amour fou également transmise à travers des paraboles et des voix-off distillées au gré des situations.
Une manière pour Garrel de nous dire qu’il n’a rien perdu de ses amours soixante-huitardes, de sa conception terrible et blâfarde de l’amour, et de la vie en général.

Après la disparition tragique de Carole, François tente de refaire sa vie avec Eve, jeune fille fragile mais rangée, vite enceinte et aux commandes de leur nouveau foyer. Prisonnier de son propre édifice, François se débat entre le souvenir de son histoire blessée et la conviction qu’il faut aller au-delà du fatalisme.

C’est à ce niveau qu’on peut penser que Garrel est un kamikaze de l’amour. Pour faire passer son idée, il n’hésite pas à invoquer le surnaturel, le rêve, le délire.
Laura Smet suicidée apparaissant à Louis Garrel dans un miroir, alors qu’il tente maladroitement de refaire sa vie ailleurs, est une scène qui fit fortement jaser sur la Croisette.

En ne renonçant à aucun de ses principes, en faisant un film à soi, avec des ficelles de satin et des lames de rasoir, Garrel s’est imposé comme le réalisateur subversif de la séléction officielle du 61è Festival de Cannes : fidèle à ses fantômes et étranger aux modes.
Là où il fallait voir la beauté d’un jeune homme s’accrochant à l’idée que l’éternité de l’amour est jouable, qu’aimer un jour c’est aimer toujours, le spectateur moyen cannois n’a vu que sa propre connerie, et les limites de son intelligence critique.