La mer

Bruxelles, ma belle !

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Waiting for the sun

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La mia vida loca

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Je voulais donner mon corps aux marées, je voulais naître et mourir dans les rochers ; je voulais être la forêt, les tempêtes, les étoiles encore ; mais pas les mots pour le dire.

Je voulais t’écrire et te dire que j’ai mangé trop de médicaments, Bi-profénid Tétrazepam Tramadol et Rivotril, que mon corps de vingt-et-un ans était vieux, fatigué et meurtri, que je portais en moi le poids de l’impossible, que je voulais sauver les restes, mais c’est quoi les restes ?
Quand je n’ai plus que cette montagne en moi, les cris dehors et les maux en-dedans, et cette proximité de la douleur qui me confond.

Je voulais te dire que de mon lit je peux voir la mer et la montagne, les Incas et les Mayas, Tetrazepam et Tramadol, que la pharmacienne est une salope, que mon corps appartient à des industriels qui font crever des Indiens, que mes mots disparaissent et que j’ai peur pour moi.

Que le radiologue a dit que je n’avais pas un corps de jeune fille, que le rhumato a dit que j’aurai mal en mettant bas, et si ce ne sont que des mots ce sont quand même mes maux à moi.

Je voulais t’écrire et te dire que j’appartiens à ces mots-là, que dehors il fait beau et que je ne peux plus marcher, qu’on défile sur le Champs de Mars et que j’ai épousé ma télé.
Que la réalité de mon état a de quoi insulter tous les poètes du monde, et que mes maux à moi valent plus que les leurs.
Que je te donne mes lombaires, que je te donne mes dorsales, et même mes symptômes sphinctériens si tu veux.
Mais que si c’est chacun sa montagne, je garde la Première Sacrée.

mamie_lucs

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Ils nous racontent l’Amerique…

Un ecrivain, un photographe : chaque semaine, une autre Amérique.

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Et me voilà en face du Biltmore Hotel à marcher le long de la file de taxis jaunes ; tous les chauffeurs roupillent au volant sauf celui en tête de file près de l’entrée. De vraies mines de renseignements ces mecs-là, je me souviens de la fois où Ross et moi on s’est fait refiler une adresse par un de ces types-là et de la façon salace qu’il avait de nous regarder tout en conduisant sur Temple Street, justement Temple Street je vous demande un peu, et effectivement qu’est ce qu’on voit arriver là-bas, deux mochetés je ne vous dis que ça. Ross, lui il a été jusqu’au bout. Moi je suis resté dans le salon à jouer des disques sur le phonographe, tout seul avec ma trouille.

 

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Ensuite je reste piqué pas mal de temps devant une boutique d’articles de fumeur à regarder la devanture, et le monde disparaît autour de moi, il n’y a plus que cette vitrine pleine de pipes, et moi à les fumer toutes. Je me vois déjà très grand auteur, très chic avec ma pipe de bruyère importée d’Italie, et ma canne, en train de descendre d’une grosse voiture noire.

 

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Los Angeles, donne-toi un peu à moi ! Los Angeles, viens à moi comme je suis venu à toi, les pieds sur tes rues, ma jolie ville que j’ai tant aimée, triste fleur dans le sable, ma jolie ville…

 

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Texte : John Fante. Demande à la poussière.

Photos : Birney Imes