Un ecrivain, un photographe : chaque semaine, une autre Amérique.
Et me voilà en face du Biltmore Hotel à marcher le long de la file de taxis jaunes ; tous les chauffeurs roupillent au volant sauf celui en tête de file près de l’entrée. De vraies mines de renseignements ces mecs-là, je me souviens de la fois où Ross et moi on s’est fait refiler une adresse par un de ces types-là et de la façon salace qu’il avait de nous regarder tout en conduisant sur Temple Street, justement Temple Street je vous demande un peu, et effectivement qu’est ce qu’on voit arriver là-bas, deux mochetés je ne vous dis que ça. Ross, lui il a été jusqu’au bout. Moi je suis resté dans le salon à jouer des disques sur le phonographe, tout seul avec ma trouille.
Ensuite je reste piqué pas mal de temps devant une boutique d’articles de fumeur à regarder la devanture, et le monde disparaît autour de moi, il n’y a plus que cette vitrine pleine de pipes, et moi à les fumer toutes. Je me vois déjà très grand auteur, très chic avec ma pipe de bruyère importée d’Italie, et ma canne, en train de descendre d’une grosse voiture noire.
Los Angeles, donne-toi un peu à moi ! Los Angeles, viens à moi comme je suis venu à toi, les pieds sur tes rues, ma jolie ville que j’ai tant aimée, triste fleur dans le sable, ma jolie ville…
Texte : John Fante. Demande à la poussière.
Photos : Birney Imes



