Le jeu des 7 Familles Psychotiques

Dans la famille Drummond, je demande la mère, à la prise chronométrée de pilules en tout genre; le père, franche terreur, remarié à une bimboblondestéréotypée, Nickie; l’escroc d’ainé, Wade; l’astronaute Sarah, la fille mal formée à qui le destin réussit à force d’estime paternelle; le petit dernier bon à rien : Bryan; et pour compléter cette équipe de bras cassés, les conjoints : Beth la fervente rescapée du Catholicisme, Howie le propre-sur-lui et Shw - sans commentaires.

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Toutes les Familles sont psychotiques
, de Douglas Coupland, nous transporte dans cette région improbable de la Floride, où les retraités côtoient DisneyWorld, qui côtoie la NASA, qui côtoie les Bahamas.

Ce livre est le parfait film qui n’aura jamais lieu : une série d’aventures catastrophiques qui s’enchainent merveilleusement bien jusqu’au pire. De bourdes en dérapages, d’allers-retours présent/passé, le récit se construit avec un parfait timing : action, sentiments, action, catastrophes, sentiments.

Le lecteur est balloté sur les routes américaines du souvenir, pris dans l’étau d’un drame familiale commun : comment survivre à sa propre famille ? Surpris par les déconvenues, désespéré devant le nid d’embrouilles qui se tissent, pages après pages, étouffant de l’odeur des pneus qui fondent sur les nationales.

On douterait presque de la fin, on aurait presqu’envie que ce sitcom ne s’arrête jamais et poursuivre les épisodes de la famille Drummond jusqu’à ce que la bande s’use, que les pages se cornent.

Coupland et son écriture acerbe, sa facilité à ériger des personnages en forme de tour de Babel, fragilisé par leur propre être. Coupland et son goût pour l’écriture dynamique, facile parfois, poétique toujours.

Elle regardait passer les hôtels bon marché, avec leurs stucs tristes, couleur mayonnaise, les rivages décapés par les vents perpétuels de l’Atlantique, lesquels n’avaient laissé que des troncs mutilés de palmiers et des souches de raisiniers de mer. Elle avait l’impression de se retrouver dans la troisième plus belle station balnéaire d’un endroit comme la Libye, par exemple, où, des années auparavant, on aurait collectivement abandonné toutes les conceptions collet monté des loisirs destinés aux classes moyennes. Le monde lui semblait vulgaire. A l’intérieure des hôtels miteux, elle imaginait des chambres servant de décor à Putains et crack story ! tourné pour une télé poubelle, elle se figurait des ascenseurs bloqués, rouillant dans les étages. Elle voyait des images de pièces sans porte, où vivaient des prophètes dépouillés de leur vision fondatrice, des adolescents qui baisaient sur des serviettes portant le logo de marques de bières, des parquets au bois pourri dont les lames s’étaient entièrement desséchées - un monde dépourvu de valeurs, d’idéal et de direction.

On se réconcilierait presque avec nos propres démons familiaux.

Cyclone d’amour sur la Croisette

Jusqu’à la projection de La Frontière de l’Aube, de Philippe Garrel, la séléction officielle s’était montrée raisonnable, avec juste ce qu’il faut d’exotisme.
Clint Eastwood, comme d’habitude, faisait du cinéma qui marche.
Waltz with Bashir, chronique dessinée de la guerre au Liban, avait étonné.
Le hongrois Kornel Mundruzco flirtait avec la beauté dans Delta.
Lucrecìa Martel et son cinéma de cerveau n’avait trouvé aucun écho.
Desplechin avait été bon, sans surprise.

Puis vinrent la Frontière de l’Aube, et la Croisette se déchira. On avait enfin un sujet de conversation dans les soirées, un bouc émissaire pour le bûcher, une bonne raison de crier au Festival bourgeois, ou pire, Parisien.
Pourtant, Philippe Garrel, sa tête d’Einstein mal réveillé, son je-m’en-foutisme courtois – « non, je ne suis pas ému », dit-il à la journaliste qui le questionne pendant la montée des marches – n’était pas une erreur de casting, loin de là.


François
(Louis Garrel) est un jeune photographe passionné par son métier, Carole (Laura Smet) une actrice mal dans sa peau. Ils se rencontrent pour un shooting, et c’est le coup de foudre. Les deux amants entretiennent une relation intense, passionnée, mais vouée à l’echec.

Or, chez Garrel, la fulgurance de ces rencontres est violente et brutale, au sens propre du terme. Une rupture, « cet acte primitif », n’efface pas les traces de l’amour. Deux amants peuvent bien s’éloigner, se quitter, se déchirer. Le souvenir de leur amour continue d’exister, mais réincarné en idéaux, ces bouts de cicatrice pour lesquelles on pourrait bien crever.

Filmé dans un sublime noir et blanc, La Frontière de l’aube donne à voir les visages amoureux, les visages en souffrance, les corps en proie au manque. Une intemporalisation de l’amour fou également transmise à travers des paraboles et des voix-off distillées au gré des situations.
Une manière pour Garrel de nous dire qu’il n’a rien perdu de ses amours soixante-huitardes, de sa conception terrible et blâfarde de l’amour, et de la vie en général.

Après la disparition tragique de Carole, François tente de refaire sa vie avec Eve, jeune fille fragile mais rangée, vite enceinte et aux commandes de leur nouveau foyer. Prisonnier de son propre édifice, François se débat entre le souvenir de son histoire blessée et la conviction qu’il faut aller au-delà du fatalisme.

C’est à ce niveau qu’on peut penser que Garrel est un kamikaze de l’amour. Pour faire passer son idée, il n’hésite pas à invoquer le surnaturel, le rêve, le délire.
Laura Smet suicidée apparaissant à Louis Garrel dans un miroir, alors qu’il tente maladroitement de refaire sa vie ailleurs, est une scène qui fit fortement jaser sur la Croisette.

En ne renonçant à aucun de ses principes, en faisant un film à soi, avec des ficelles de satin et des lames de rasoir, Garrel s’est imposé comme le réalisateur subversif de la séléction officielle du 61è Festival de Cannes : fidèle à ses fantômes et étranger aux modes.
Là où il fallait voir la beauté d’un jeune homme s’accrochant à l’idée que l’éternité de l’amour est jouable, qu’aimer un jour c’est aimer toujours, le spectateur moyen cannois n’a vu que sa propre connerie, et les limites de son intelligence critique.

BIC BANG

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Traces du sacré

Du 7 mai au 11 aout 2008

Centre George Pompidou

 

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Traces du sacré, ou quels liens subsistent-ils entre la spiritualité et l’art en occident ? Tel est le vaste et ambitieux défi que se sont lancé Alfred Pacquement et Jean de Loisy, respectivement directeur du centre Pompidou et commissaire de l’exposition.

 

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Salvador Dali, Le phénomène de l’extase

Trop ambitieux peut-être. Devant la profusion des propositions artistiques abordant le thème du sacré depuis le début du XXème siècle, le véritable miracle aurait été que la scénographie n’en pâtisse pas. Mais point de miracle : Les oeuvres s’accumulent sur les murs comme les visiteur dans les étroites salles d’exposition, et ils sont nombreux à avoir répondu à l’appel du casting de rêve…

Dans le désordre et pour ne citer que les plus célèbres Dali, Rothko, Munch, Dix, Bacon, Pollock, Kandinsky, Mondrian, Leger, Le Corbusier, Picasso, Man Ray et plus récemment, Filliou, Kapoor, Nauman, Hirst et Cattelan.

 

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Man Ray, Le Minotaure

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Man Ray, La prière

Mais, comme pour illustrer par l’exemple le manichéisme religieux, Jean de Loisy a choisi d’exposer le meilleur et le pire. Et même si le Bien triomphe finalement sur le Mal et que la qualité de certaines oeuvres réussit la prouesse de faire oublier la faiblesse de certaines autre, faute de repartir avec la foi, on repart avec l’idée que l’ennemi du bien c’est de toute évidence le trop.

 

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Maurizio Cattelan, Him

Chapitre 27

Il y a des films qui écrivent les chapitres de l’Histoire du Cinéma, Chapitre 27, de J.P. Schaefer n’illustrera que l’exemple de l’errance cinématographique et la tentative infructueuse d’expliquer par la poésie de l’image un acte injustifiable.

Les fans de John Lennon jugeront ce film sans fondement : raconter son assassinat du point de vue du meurtrier, et ainsi créditer son instabilité mentale et mystifier l’homme coupable, relève de l’hérésie. C’est d’ailleurs l’argument invoqué par Yoko Ono qui souhaitait faire interdire le film, à la Mémoire de son défunt mari.

Et pourtant, le réalisateur tente le pari, raté, d’éclairer cet homme mis à l’ombre. Nous ne pourrons que saluer ce morceau de bravoure qu’est la performance monstrueuse d’un Jared Leto grimmé en Mark Chapman. L’apparition translucide de la brune Lindsay Lohan est éclipsée par le rôle principale, qui porte ce film à bout de bras, jusqu’à sa clôture inévitable - et attendue - mettant fin à une succession d’images qui s’égarent.

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Hélas, le film se cherche, perdu dans la contemplation d’un psychisme voué à l’échec.

Trois jours dans un New York à la lumière hivernale. Mélancolie, perdition, attente haletante. Plombé par les murmures rauques d’un Mark Chapman halluciné, tantôt réincarné en Holden Caulfield; la réalité se perd dans les méandres de la littérature de Salinger.

Le spéctateur est plongé dans le froid cafard de ses protagonistes et l’action vaine d’un être qui ne trouve son accomplissement que dans l’irraison, teintée d’obsession. Un peu moins de deux heures coupées du temps mis au profit d’une descente lente et sans échelons dans le flou mental.

Les cinq balles fatales comme des sursauts: le retour à la réalité par les images d’archive d’un évènement plombé par la violence gratuite et la folie électrique de cette fin de 20e siècle.