Julien Gracq, ou quand la littérature est un sport de combat.

Liberté, je crie ton nom

Il s’est éteint comme il a vécu. Dans la grandeur de la discrétion, loin des rumeurs bourdonnantes des salons parisiens. Le 22 décembre 2007, Julien Gracq, alias Lucien Poirier, est mort des suites d’un malaise à l’âge de 97 ans.

Après enquête, il s’avère que près de 4 personnes sur 5 ignorent -ignoraient- l’existence et l’ oeuvre de cet écrivain du silence et du lieu, de cet artisan de la terre subjuguée, de cet homme de lettres et non de prix, de celui dont la foi acerbe traça la rectitude d’un art ignorant tout du sacrifice.

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“On percevait au contraire chez lui, et clairement exprimée, une tension intraitable éveillée au contact du surréalisme et qui le gardait en état de révolte froide, à la fois inquiet et charmé, prêt à toutes les subversions lucides, à toutes les aventures vraies”, résume avec raison André Velter dans le Monde du 24 décembre.
Julien Gracq, c’est aussi un homme ordinaire, comme doivent l’être les gens exceptionnels. Diplômé de l’école Normale Supérieure, il est agrégé d’histoire-géographie, discipline qui transpire dans toutes ces productions littéraires.
Mobilisé en juin 1940, il fait l’ expérience d’une drôle de guerre qu’il relatera plus tard, en 1958, avec Un balcon en forêt. En 1945, il publie son second roman, Un beau ténébreux, où se ressent toujours l’influence du surréalisme et de la mythologie celtique. Le mythe du Graal est également présent dans une pièce de théâtre écrite parallèlement, Le Roi pêcheur. Représentée au Théâtre Montparnasse de Paris en 1949, avec Maria Casarès dans le rôle de Kundry, elle est mal reçue par la critique qui juge la pièce inactuelle et trop précieuse. Ces commentaires injustes provoquent une réponse de l’écrivain dans un bref mais féroce pamphlet sur les moeurs littéraires, publié en 1950. Intitulé La Littérature à l’estomac, le texte stigmatise tout à la fois l’incompétence de la critique, le système du vedettariat des écrivains exhibés comme bêtes de foire et la farce des prix littéraires. Un sentiment qui n’a rien perdu de son actualité.

L’éblouissement et la fureur

Installé à Paris à partir de 1947, Julien Gracq enseigne, et jusqu’à sa retraite en 1970, l’histoire-géo au Lycée Claude Bernard . En septembre 1951, l’écrivain connaît le succès avec la publication de son chef-d’oeuvre, Le Rivage des Syrtes, où il évoque des paysages marins envoûtants qui engloutissent inexorablement une sorte de cité vénitienne pourrissante. Le roman reçoit le Prix Goncourt 1951 mais il refuse le prix pour les raisons décrites dans La Littérature à l’estomac. Suivent une dizaine d’ouvrages dont je ne ferai pas ici le détail. Ces textes, où l’écrivain exprime sa haute conception de la littérature et sa vocation de géographe, sont plus considérés comme des “vues” instantanées que comme des fictions. Pour Julien Gracq, le langage est l’instrument qui permet “de communier avec le monde, de le comprendre mystiquement”.
Au total, Julien Gracq, reconnu aujourd’hui comme l’un des plus grands écrivains français du XXe siècle en dépit de son petit nombre de lecteurs, a publié 19 livres. La plupart, destinés à un public lettré, n’ont pas connu de grands tirages et n’ont jamais été publiés en poche. L’appanage des génies probablement. Il est entré de son vivant dans la collection de la Pléiade (2 tomes, 1989 et 1995). Une reconnaissance qu’il n’a pas volé.

Lisons Gracq. Lisons-le comme celui qui, dans l’éclat des colères dignes et contenues, fit de sa vie un engagement debout: une marche de longue haleine vers le sentiment du sacré et du vrai. Et honorons-le comme le représentant d’un hommage sans cesse renouvelé à “cette vertu essentielle de revendiquer à tout instant l’expression de la totalité de l’homme, qui est refus et acceptation mêlés, séparation constante et aussi constante réintégration (…) en maintenant à leur point extrême de tension les deux attitudes simultanées que ne cesse d’appeler ce monde fascinant et invivable où nous sommes : l’éblouissement et la fureur.”

Je n’aime pas Bob Dylan

Je n’aime pas Bob Dylan.
Ou comment j’ai aimé I’m not there, de Todd Haynes

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Ce poète hippie, impie, névrosé et son harmonica grinçant. Ce gringalet monté sur Ray Ban, ses cheveux en friche, sa dégaine de corbeaux amaigri, déplumé, ses faux airs d’ange, exterminateur. Pleurnichard, criard, gémissant, prêchant. Hurlant. Dément.

Pourquoi en faire un film ?

Pourquoi à l’ère des bio-pict - sous-entendu « films d’inspiration biographique », avec leur dose de romance, de noms changés , d’interprétation du réalisateur - fragmenter un personnage aussi légendaire que Bob Dylan jusqu’à l’en faire disparaître ?

Pourquoi faire surgir sur l’écran les fantasmes hallucinatoires les plus dérangés, les plus sombres, les vibrations les plus mystiques, la force la plus noire, la plus désinvolte aussi, du songwriter du siècle ?

Pourquoi dans un élan de destruction, reconstruire une vie, dans tout ce qu’elle a de plus décousue, rendre hommage au personnage si complexe qui a traversé les années 70, les années 80 et hante encore les planches ?

Parce que justement, Bob Dylan est Bob Dylan : comme toi, comme moi, traversé des mêmes peurs, des mêmes pulsions de vie.
À l’exception près qu’il est touché par la Grâce.
Et que ses plaintes, communes à tous, s’élancent vers le ciel en des prières dont le langage n’atteint que les anges.
Les anges qui pataugent dans la boue du quotidien. Toi, moi. Nous.

Bob Dylan, c’est Rimbaud à l’Américaine. La musique en plus.

Tout ça, révélé par les images de sa vie, des reproductions scénographiées, calquées, à la seconde près, sur les images d’archives. Copies de bouts d’interviews, fragments reproduits de Don’t look Back et No direction Home, mêlées à des dérives cinématographiques : un grain de pellicule, une typologie d’image propre à chacun des fragments, qui s’accordent, passant du noir et blanc à une couleur 70.

Que les Vierges se remplissent d’amphétamines, que le Voyant s’aveugle : Je est un Autre.

Et peu importe que vous aimiez, que vous connaissiez, que vous adoriez Bob Dylan, la beauté de la succession de personnages, héro protéiforme et anonyme, l’immersion dans un monde magique, onirique, décalé, excité, électrise. Et de ces mélanges divers en sort la sublimation, un clin d’œil au réel.

Et moi, qui n’aimait pas Bob Dylan, c’est éblouie, que je suis sortie de la salle de cinéma. Comme si la communion se faisait par les images, la musique lancinante, berçant nos âmes.

En cadeau pour Noël : Les NaïveNewBeaters

Naïve New Beaters c’est quatre excités avec des pull-overs moches comme on aime et des noms à coucher dehors (même si on préfererait qu’ils couchent chez nous ) : David Boring, Martin Luther BB King , et EuroBelix  distillent une musique qui fait parler tes oreilles et danser tes pieds.

C’est frais, c’est généreux et c’est chez les SuperConnasses.

Les NNBS sortent leur EP LIVE GOOD EP(NNBS / DISCOGRAPH) et si tu l’as pas, tu crains.
Un mot préféré ?

Bang ma soeur

Un mot détesté ?

tchuss, juste, comment te dire,

Une drogue favorite ?

la saucisse

Un bruit préféré ?

Un pollini carbone inversé monté sur une petite 103 SP

Un son détesté ?

David Boring quand il mange un pied de porc pané et aussi quand il mange tout court.

La chanson que tu aurais aimé écrire ?

Bad ou thriller, c’est pratique si tu veux un parc d’attractions dans ton backyard

Un livre/film culte

Le prince de Bel Air

Un juron favori ?

ça veut dire quoi “juron” connasse?

Qui est à la table de ton dîner de con ?

On est tous un peu con non?

Qui est à la table de ton dîner d’excellence ?

On adore toutes les peoples’

Qu’aimerais-tu que St Pierre (et Miquelon) te dise aux Portes du Paradis ?

“J’veux un pin’s”

Quel est le pire tue l’amour ?

Une girl qu’aime pas notre nouveau maxi LIVE GOOD avec les remix de INFLAGRANTI & THE BLOODY BEETROOTS

Ta pire faute de goût ?

mocassin jogging

Un petit plaisir honteux ?

Ecoutez en boucle notre nouveau maxi LIVE GOOD avec les remix de INFLAGRANTI & THE BLOODY BEETROOTS

Et ta mère, elle en pense quoi?

elle est ok avec ça mais elle voudrait que je mange plus de légumes

Le site web sur lequel tu zones ?

myspace, youporn et wikipedia

Le meilleur spot pour sortir à Paris ?

la piscine porte champerret et la main jaune (c’est à coté)

Ta superconnassitude ?

vous n’aurez pas ma liberté de penser

Hedi Slimane. Perfect Stranger

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Comme à son habitude, Slimane propose une expo vouée au culte de la scène rock underground, mais contrairement à ses précédentes interventions qui relevaient plus du fêtichisme que de l’expo d’art, il semble que Slimane ait cette fois pris le parti d’en montrer moins mais mieux, à travers une scénographie tout en contraste qui pourrait symboliser la dualité, le sentiment d’être étranger à soi-même.

Au rez de chaussé, les lettres Perfect Stranger écrtites au néon nous rassurent, nous ne nous sommes pas trompées d’expo ! Au centre de la pièce, l’installation sonore et lumineuse composée de deux écouteurs suspendus au-dessus d’un tapis métallisé fait de poudre de glitter, nous fait legerment douter (ne serions nous pas à l’expo de Sylvie Fleury ?) Mais devant Stage 01 le doute se dissipe, nous sommes bien à celle d’Hedi Slimane, qui d’autre exposerait les fragements d’une scène foulée par Amy Winehouse ?

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A l’étage, une installation métaphorique représentant un labyrinthe obscure conduisant aux oeuvres Smoke Machine et Klaxons, sans doute censé symboliser les méandres de l’esprit (mouais…), nous fait penser, qu’en fait, c’était pas si mal quand la scénographie était secondaire. Pour résumer, l’expo Slimane c’est une dixaine d’oeuvres, vingt minutes de visite, et à la fin,  l’envie de se dire qu’en art comme ailleurs, on ne construit pas des édifices à coups de phénomènes de mode… Sauf quand on est Hedi Slimane.

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Tribute to heroes

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photo©Superconnasses

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! Tes dix-huit ans refractaires à l’amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu’au ronronnement d’abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu s bien fait de les éparpiller au vent du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine. Tu as eu raison d’abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets des pisselyres, pour l’enfer des bêtes, pour le commerce des rusés et le bonjour des simples.

 

Cet élan absurde du corps et de l’âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c’est bien là la vie d’un homme ! On ne peut pas, au sortir de l’enfance, indéfiniment étrangler son prochain. Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.

 

 

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi.

René char, Fureur et Mystère, « La fontaine narrative », Gallimard, 1948.